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  2. Introduction


  3. Qu'est-ce que le canabis ?

  4. Dossier Usages

  5. Dossier Politique

  6. Dossier Economique


  7. Interview


  8. Sources


  9. Conclusion
    Interview



    " Décriminaliser, oui - banaliser, non ! "


    L'ISPA, c'est quoi ?

    L'ISPA, l'institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies, cherche à prévenir et à diminuer les problèmes liés à l'alcool et aux autres drogues. Il produit du matériel didactique pour les écoles, élabore des campagnes de prévention et conseille les entreprises. Il informe et documente les jeunes, les parents, les enseignants, les médias et les autorités. Il conseille également les personnes dépendantes et leurs familles et leur apporte une aide concrète. Enfin, l'ISPA est présent dans le domaine scientifique, au service de la prévention pratique.


    " La pénalisation de la consommation de produits psychotropes, légaux ou illégaux, est non seulement inutile mais elle est contre-productive. "


    L'ISPA publie, sur son site, la synthèse de l'évolution de la tendance du milieu de la toxicomanie. Il opte pour une politique de sensibilisation et de responsabilisation face aux substances psychotropes. Il encourage une dépénalisation de tous ces produits, mais demande l'ouverture d'un débat national, qui aurait comme effet " une prise de conscience de la population ". L'ISPA préconise, à quelques modifications près, de suivre la même tendance que celle appliquée pour le tabac.

    Mme Corine Kibora, du secteur média prévention de l'ISPA, a accepté de répondre à quelques questions portant sur la psychologie et les problèmes sociaux liés à la consommation de produits psychotropes.

    Q : Les produits psychotropes sont dangereux s'ils sont pris sans contrôle médical ; cependant la pénalisation de leur consommation ne suffit pas à en empêcher l'usage et une éventuelle dépénalisation de celle-ci ne sera pas moins problématique si elle est mal interprétée par la population. Quel serait donc le meilleur message de prévention ?
    R : Pour éviter une mauvaise interprétation par la population, par exemple légal = banal, la dépénalisation doit s'accompagner d'une prévention redoublée, que ce soit au niveau de la prévention primaire, par une plus grande information sur le produit, ses effets et ses dangers, ou au niveau de la prévention secondaire, c'est-à-dire du dépistage précoce de consommation problématique. La dépénalisation aurait pour effet de permettre de parler plus librement de cette substance, que ce soit du côté de la prévention comme du côté des usagers. En renforçant les moyens d'action de la prévention, on pourra intervenir plus tôt en cas d'apparition de problèmes, sans peur d'une éventuelle mesure pénale. De plus, la dépénalisation permettra un meilleur contrôle de la qualité des produits vendus.


    Q : Une nouvelle prévention s'ajoutant à la campagne antitabac, à la prévention routière, ou encore à la prévention SIDA, peut-elle espérer toucher des jeunes déjà matraqués d'informations, quand nous voyons que les efforts fournis dans ces domaines, bien qu'ils soient salvateurs, ne réussissent pas à stopper l'hémorragie ? Cette " surdose " de mise en garde ne finit-elle pas par banaliser ces problèmes chez les jeunes ?
    R : Les jeunes sont effectivement matraqués d'informations, mais avant tout de publicités, très souvent mensongères (pour le tabac notamment), pour lesquelles de gros moyens financiers sont déployés, et au regard desquelles les campagnes de prévention font figure de parents pauvres. Par ailleurs, dans notre travail, nous constatons que les jeunes sont souvent surinformés par rapport au cannabis, mais très souvent mal informés, voire désinformés. Les campagnes d'informations gardent toute leur utilité. J'ajouterai que les programmes de prévention ont souvent un volet d'information, mais également un volet de travail sur ses compétences (confiance en soi, capacité à faire des choix, capacités relationnelles). Il ne s'agit donc pas uniquement de mises en garde.


    Q : N'est-il pas paradoxal de tolérer un comportement autodestructeur, potentiellement dangereux pour la société, afin de faciliter une réinsertion future ?
    R : Q'entendez-vous par comportement autodestructeur? Il existe toutes sortes de comportements destructeurs: anorexie, automutilation, certaines formes de sport, excès de vitesse, mais aussi des comportements autodestructeurs à l'aide de substances comme l'alcool, les médicaments, le cannabis ou autres. De fait, ce n'est pas tellement la substance qui est en cause, mais le comportement face à la substance. Boire un verre de temps à autre est sans danger pour la santé, boire tous les jours jusqu'au coma est un comportement très dangereux. Ainsi, ce n'est pas le statut légal d'une substance qui va éviter les comportements autodestructeurs. C'est à nouveau par l'information, et surtout par le renforcement des compétences personnelles et sociales des individus que l'on peut éviter l'apparition de comportements autodestructeurs.


    Q : L'addiction au cannabis peut-elle être aussi forte et peut-elle présenter les même dangers que la dépendance aux autres substances psychotropes ?
    R : Difficile des répondre précisément à votre question, car "autres substances psychotropes" englobent des substances aussi diverses que l'alcool, la cocaïne ou le LSD. Selon la classification établie par Roques (Rapport sur la dangerosité des drogues), le cannabis est dans les moins dangereuses, l'alcool dans les plus dangereuses. Une dépendance au cannabis peut cependant avoir des effets dommageables sur la santé, surtout sur un psychisme déjà fragile : l'apparition de psychoses diverses a été décrite. Sur le plan physique, les grands consommateurs de cannabis s'exposent avant tout aux dangers de la fumée (cancer du poumon, etc.)


    " Un peu plus de la moitié des adolescents et des jeunes adultes a déjà consommé du cannabis ; les considérer, au sens de la loi, comme des criminels est insensé "


    Q : On dit souvent que la consommation régulière de cannabis ou d'autres produits psychotropes est le résultat d'un problème pathologique. Ce point de vue n'entraîne-t-il pas une discrimination sociale des consommateurs ?
    R : Plutôt que de pathologie, on parle de prédispositions, qui peuvent toucher au contexte familial, à la personnalité fragile du consommateur, à des événements traumatisants précurseurs. Reconnaître que, très souvent, les addictions se développent à partir d'un malaise préexistant a plutôt comme effet de considérer ces personnes comme des personnes ayant besoin de soutien, plutôt que comme des personnes immorales parce qu'elles consomment des drogues. Il faut encore bien distinguer une consommation abusive d'une consommation maîtrisée, qui elle ne sous-entend pas de pathologie.


    Q : Existe-il des prédispositions psychologiques chez les personnes victimes d'addiction avant que celle-ci ne se déclare ?
    R : Oui. On remarque souvent que les personnes souffrant d'addiction ont commencé à utiliser le produit pour calmer une souffrance psychique préexistante. C'est une dimension à prendre compte dans le traitement des personnes dépendantes. La drogue, avec son lot de souffrances propres, remplace l'autre souffrance, difficile à affronter. C'est pourquoi il faut trouver une réponse à cette souffrance initiale parallèlement à l'arrêt de la prise de drogue.