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Histoire du cannabis
![]() Le Cannabis Sativa est une des plantes les plus anciennement cultivée par l’homme. Les premières traces de la plante datent de la Chine du IVe millénaire avant notre ère et on a trouvé au Turkestan des restes datant d’un millénaire plus tard. On a d’abord utilisé les graines pour se nourrir, puis en retirant les fibres contenues dans la tige, on a commencé à faire du papier, des filets de pêche et même du textile. Les Chinois appelaient leurs pays : le pays du chanvre et du mûrier. Alors que les riches et les puissants se vêtaient principalement du précieux textile tiré des vers à soie élevés dans les feuilles de mûrier, les autres, moins fortunés, portaient des vêtements de chanvre. « Mâ », en chinois, signifie littéralement « plante à deux sexes ». Le chanvre fut aussi largement utilisée pour la fabrication des armes de guerre. Les Chinois ont pendant longtemps jalousement gardé le secret de la fabrication du papier de chanvre. Il faut attendre le Ve siècle avant notre ère pour que le Japon acquière ce savoir, avant qu’il soit transmis au Moyen-Orient, puis en Europe au XIIIe siècle. L’utilisation du chanvre en médecine remonte au légendaire empereur Shen Nung , fondateur de la médecine chinoise, au XXVIIIe siècle avant J-C. Selon un traité de médecine datant du 1er siècle de notre ère, « l’abus de chanvre fait voir des monstres, mais son utilisation prolongée permet de communiquer avec les esprits et de soulager le corps ». En Egypte, un papyrus écrit sous le règne d’Aménophis 1er (XVIe siècle av. J-C), parle du cannabis comme faisant partie des plantes sacrées des pharaons. Il servait alors dans la composition d’un encens et de philtres magiques. Les livres religieux et médicaux des Hindous lui assurent aussi une grande réputation. Selon l’Atharva Veda (un des quatre livres saints des indo-Aryens), la plante aurait poussé lorsque des gouttes d’ambroisie seraient tombées du ciel. Les principales branches du bouddhisme ont loué ses vertus pour la méditation. Selon la légende, pendant les sept étapes que suivit Bouddha pour atteindre l’illumination, il ne se nourrissait que d’une graine de chanvre par jour. Médicalement, la plante servait à soigner l’ophtalmie, la fièvre, l’insomnie, la toux sèche et la dysenterie. Au Proche-Orient, les tablettes mésopotamiennes évoquent le « Quunabu » dont les Grecs et les latins feront le cannabis. Les Grecs employaient le chanvre en fumigation ou sous forme d’encens. Ils connaissaient aussi un mélange de haschisch, de vin et de myrrhe qu’ils utilisaient pour animer des réunions privées. Homère, décrit dans l’Odyssée comment Hélène de Troie fait boire à son mari un philtre qui abolit la tristesse. Ce philtre était sûrement composé de chanvre mélangé à d’autres drogues telles que l’opium. Nulle drogue n’était aussi populaire, chez les grecs, que l’opium. La culture du chanvre a aussi une longue histoire en Europe occidentale. Déjà au VIIe siècle, l’enclave grecque de Massilia (Marseille) exportait des cordes et des étoupes de chanvre vers toute la Méditerranée (d’ailleurs, on appelle encore aujourd’hui la Canebière, l’endroit où l’on cultivait le chanvre. La mise à jour de grandes quantités de pipes montre bien que cette culture connaissait l’emploi du chanvre en tant que drogue. Chez les romains, nous savons qu’au temps des Césars il n’était pas inhabituel de fumer des fleurs de chanvre femelle lors de réunions, pour « inciter à l’hilarité et à la jouissance », coutume qui pouvait aussi bien être héritée de la société athénienne que de la culture celtique. En 175, le médecin Galien met en garde la population contre l’utilisation du cannabis dans les pâtisseries, car cette herbe aurait « le vertu de blesser le cerveau quand on en prend trop ». Il s’agirait vraisemblablement du premier cas de dénonciation de l’herbe. De plus pour les romains, le chanvre était le nerf de la guerre. Ils possédaient des réserves de chanvre des deux côtés des Alpes. Ils en avaient une à Ravenne (Italie) et une à Vienne. Le fournisseur de chanvre occupait une place très importante dans la hiérarchie. Ils l’utilisaient également sous toutes ses formes : vêtements, abris, nourriture et médecine. Dans le monde islamique, on peut retenir qu’au XIe siècle, Hassan al-Sabbah, appelé « le vieil homme de la montagne » fonde l’ordre des haschischin (le nom populaire de haschisch vient de l’arabe hachîch, qui signifie « herbe ».). Ce groupe religieux, fondé entre 1090 et 1272 en Irak et en Syrie, pratiquait l’assassinat politique pour contester le pouvoir sunnite de Bagdad. Modèle pour les ordres de chevalerie européens, comme les templiers et les chevaliers teutoniques, ses membres consommaient d’abondantes quantités de haschisch avant de partir au combat, et c’est là l’origine du mot « assassin ». Pourtant, les haschischins n’étaient pas des assassins mais des guerriers, moins cruels et arbitraires que leurs ennemis, les croisés européens. Le chanvre n’est mentionné ni dans le Coran ni dans la Sunna. Utilisée à des fins ludiques, il était consommé par des groupes sociaux et religieux précis : les paysans, les ouvriers et les serfs urbains, c’est pour cela qu’on le nommait « herbe des manants », mais aussi « herbe des fakirs », qui s’en servaient pour méditer et atteindre l’extase. Médicalement, il permettait de traiter des cas grave de mélancolie et d’épilepsie. En Europe, après la diabolisation du cannabis par les chrétiens (qui lient son usage aux rites sataniques), il faut attendre le IXe siècle et Charlemagne pour voir à nouveau encouragée la culture de chanvre. A la lumière des lampes à huile (de chanvre) les moines copistes travaillent sur du papier de chanvre. C’est aussi sur du papier de chanvre qu’en 1455 Gutenberg imprime sa première Bible. En 1484, le pape Innocent VIII déclare sacrilège la consommation de cannabis. Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492 et y introduit le chanvre en offrant, entre autre, aux Indiens des graines et des vêtements de chanvre. La France, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal développent leurs puissances maritimes grâce au chanvre qui sert à la fabrication des voiles et cordages. En 1720 l’ébauche de la Constitution américaine est écrite sur du papier de chanvre, de même que la Déclaration d’indépendance en 1776. A Amsterdam le cannabis importé d’Afrique du Sud depuis 1660 se fumait dans les coffee shop, une tradition qui se perpétue aujourd’hui. Le 8 octobre 1800, Bonaparte interdit l’utilisation du haschisch dans toute l’Egypte. Ce qui a pour effet d’exciter la curiosité de quelques médecins français. Considérant que le chanvre était un moyen de connaître l’esprit et qu’il pouvait faire l’objet d’une investigation scientifique, le Psychiatre Joseph Moreau de Tours s’entoura d’un groupe d’écrivains et d’artistes et créa, avec l’aide de Théophile Gauthier, le club des Haschischins. Réunis à l’hôtel Pimaudent à Paris, le club comptait parmi ses membres des célébrités telles que : Eugène Delacroix, Charles Baudelaire, Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, Honoré de Balzac et bien d’autres encore. Le résultat le plus durable de ces séances est certainement le texte de Baudelaire, Les Paradis artificiels. La reine d’Angleterre Victoria consommait également de la confiture de Haschisch, comme de nombreuses femme de sa génération, pour calmer ses règles douloureuses. Nietzsche lui-même utilisera quelquefois le cannabis et dira être convaincu qu’il permet de s’approcher de « la prodigieuse vitesse des processus mentaux ». Mais aucun texte de cette période n’égalera par son sérieux et sa solidité les sept tomes du rapport de la Indian Hemp Drugs Commission, publiés par le gouvernement anglais en 1894, dont la conclusion mérite d’être citée : « Considérant le problème d’une manière générale, il convient d’ajouter qu’en Inde c’est l’utilisation modérée de haschisch et de la marijuana qui est la règle, et que son abus reste exceptionnel. L’utilisation modérée n’a pratiquement pas d’effets nocifs, et les troubles induits par l’abus se limitent presque exclusivement au consommateur lui-même ; l’effet sur la société est rarement remarquable. » A la fin du XIXe siècle, les émigrants indiens introduisent le cannabis au Mexique où il devient le symbole de la révolution de Pancho Villa avec la chanson « la Cucaracca ». A côté de ça, les fermiers mexicains reprennent à leur compte la méthode indienne du rouissage pour apprêter les fibres. Ils fabriquent toutes sortes de produits, allant des chapeaux aux sacs, en passant par les tapis. Depuis le Mexique, la marijuana voyage jusqu’au sud des Etats-Unis. Les esclaves des plantations de cotons la consomment pour tenter d’adoucir leur condition. En quelques années, les chansons sur l’herbe font fureur et les clubs de musique fleurissent partout où la communauté noire immigrée s’est établie. En Allemagne, Hitler comme d’autres chefs de guerre avant lui, prend conscience de l’importance stratégique du chanvre, qui sert à la fabrication de nombreux textiles indispensables en temps de guerre. Lorsque les troupes allemandes envahissent la Russie, en 1941, elles coupent l’accès du chanvre russe. L’Angleterre, privée de la précieuse fibre, demande à l’Inde d’accroître sa production de chanvre. Lorsque les Japonais bombardent Pearl Harbour et obligent les américains à entrer en guerre, ces derniers s’aperçoivent qu’ils n’ont plus accès à leur source d’approvisionnement en chanvre (interdit dès 1937 par le Marijuana Tax Act). Ce qui amène le gouvernement à former une industrie de guerre pour la plante. Les Etats-Unis légalisent la marijuana et distribuent massivement des graines à ses fermiers. Un film de propagande est même réalisé pour encourager cet effort : « Hemp for victory », le chanvre pour la victoire. Après les années de guerre un nouveau monde apparaît, l’Inde obtient son indépendance et grâce à la mécanisation, le pays double sa production et développe ses exportations vers les Etats-Unis et le reste du monde. Les Etats-Unis interdisent à nouveau la culture de chanvre sur son territoire, mais en importent des millions de tonnes pendant le boom économique pour approvisionner leurs industries. Dans les années 60, la génération des hippies lance un mouvement mondial en faveur de la légalisation du cannabis. Sa consommation est encouragée par les vedettes du rock anglais et américain. En Jamaïque, les rastas fument le cannabis qu’ils appellent « ganja », la nourriture de l’esprit. A la même époque le cannabis est dépénalisé à Amsterdam. Ben Dronckers devient ainsi le premier producteur légal de marijuana millionnaire. La prise de conscience écologique qui a suivi cette mode du cannabis, est à l’origine de l’apparition en Europe d’un marché de vêtements et de produits de toutes sortes. Lors du premier festival écologique international de Francfort en mars 1995, les écologistes tentent de promouvoir la culture du chanvre. En Suisse, la culture et l’utilisation des produits tirés du chanvre reposent sur une longue tradition. Jusqu’au début du XXe siècle, il était cultivé pour ses fibres dont on fabriquait des cordages et des textiles, pour ses graines, que l’on pressait pour en extraire de l’huile, et pour ses propriétés psycho-actives. Dans la médecine populaire, les extraits de chanvre étaient utilisés à des fins thérapeutiques, et dans certaines régions du pays, les paysans ne dédaignaient pas à bourre leur « pipe du dimanche » avec ce tabac aux effets particuliers. Avec l’arrivée des fibres synthétiques sur le marché, la découverte des plantes oléifères de meilleurs rapports et l’émergence des médicaments modernes, le chanvre a quelque peu été relégué à l’arrière plan. En 1951, la loi fédérale sur les stupéfiants (révisée en 1975, puis en 1996) mettait fin au rite de la « pipe du dimanche » (la Suisse est le dernier pays à avoir sorti le chanvre de sa pharmacopée). Depuis, le cannabis fait partie (au même titre que la morphine, la cocaïne,…) des substances interdites par la loi dont l’usage (culture, production, commerce, consommation) est punissable. Malgré la criminalisation de la consommation, le chanvre n’a jamais complètement perdu ses adeptes dans notre pays. Dans les années 60, certains milieux n’hésitaient pas à s’afficher un joint à la bouche, s’inspirant de l’exemple américain et extrême-oriental. Dans le cadre du mouvement hippie, le cannabis a symbolisé, pour beaucoup de jeunes, le refus de la société adulte et son mode de vie. C’est ainsi que l’on a vu naître une « culture du chanvre » avec son jargon, ses rituels et son infrastructure propre. Mais, avec le déclin des mouvements de protestation lancés par les jeunes, l’individualisation de la consommation et la progression des drogues dures (héroïne) sur le marché dans les années 80, les consommateurs se sont fait plus discrets, et le cannabis s’en est retourné dans l’ombre. Pourtant, récemment, des adeptes du chanvre se sont organisés pour faire revivre la plante et la ramener sur le devant de la scène. Le chanvre fait parler de lui, par des essais de culture de chanvre industriel dans les régions de montagne, par la distribution de produits du chanvre via le biais de coopératives agricoles, mais surtout avec des magasins de vente au détail de haschisch et de marijuana. Nous avons aussi vu naître des véritables lobbys politiques visant à légaliser la culture, le commerce et la consommation de la plante et ses dérivés. ![]() |
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