Virginia Woolf

 

Adeline Virginia Stephen (1882-1941), mieux connue sous le nom de Virginia Woolf, est aujourd’hui sans contexte l’un-e des plus grand-e-s écrivain-e-s du XXième siècle. Elle souffrit pourtant de l’incompréhension de ses contemporain-e-s, dut fonder sa propre maison d’édition pour publier ses œuvres et eut toujours à se justifier de son rapport à l’écriture et à ses prédécesseuses.

 

Entre heurs et malheurs

Virginia Woolf est née le 25 janvier 1882 à Londres. Elle est la fille de Julia Jackson Duckworth et de Leslie Stephen. C’est leur second mariage. Julia est veuve, elle a deux fils George et Gerald Duckworth et une fille Stella. Leslie a une fille Laura qui est diagnostiquée «retardée». Le couple aura quatre enfants : Vanessa, Thoby, Virginia et Adrian. La famille vit à Londres l’hiver et passe l’été à St Ives en Cornouailles. Virginia est élevée comme ses sœurs à la maison : pas d’école mais la bibliothèque paternelle. Son père est un critique littéraire et un alpiniste émérite, il fréquente Henry James, George Eliot, Tennyson… Sa mère est alliée aux éditions Duckworth. Virginia vit donc entourée de gens de culture. Julia meurt de la grippe en 1895. Le choc et le chagrin conduisent Virginia à une première dépression. La deuxième a lieu quand Leslie meurt du cancer en 1904. Entre temps Virginia a été à nouveau confrontée à la mort : Stella, la sœur de Julia, meurt en 1897. Elle est également victime d’abus sexuels de la part de ses demi-frères (voir Sketch from the Past, 1939). Elle est la témoin du désir non réciproque que le mari de Stella éprouve pour Vanessa après la mort de son épouse.

La famille déménage à Bloomsbury et la maison deviendra au fil des années un lieu de ralliement pour intellectuel-le-s. Vanessa organise la vie au 46 Gordon Square. Thoby y amène ses amis de Cambridge dont Clive Bell qui épousera Vanessa. En 1906, Thoby meurt après un voyage en Grèce et Virginia s’installe avec son frère Adrian car elle en veut à Clive Bell de son mariage. En 1910, elle fait une nouvelle dépression, déménage en 1911 pour ouvrir une communauté avec Adrian. C’est là également que Virginia rencontre Leonard Woolf, écrivain, économiste et homme politique qu’elle épouse en 1912. Le mariage semble avoir été assez heureux malgré les dépressions de Virginia et ses tentatives de suicide.

 

Traîtresse à sa condition

On se s’étonnera pas de l’absence d’éducation formelle chez Virginia ni chez Vanessa. Ce sont des «filles de bonne famille». On attendait d’elles qu’elles se dévouent à la famille et à leur maison. Une fille se devait d’être une enfant obéissante, une demoiselle de compagnie bénévole, une infirmière douée, une servante stylée et distinguée. Le mariage était son unique but, c’est ainsi qu’elle pouvait se libérer de la tyrannie parentale pour épouser une autre forme de servitude. Elle apportait sa chasteté et sa pureté, concept imprécis mais d’une importance extrême pour la classe moyenne victorienne. Une fois mariée, une ribambelle d’enfants cimentait l’union familiale. Virginia ne suivit pas cette pente naturelle. Leonard la demanda trois fois en mariage avant qu’elle n’accepte. Elle n’aura pas d’enfants, aura des aventures avec des femmes, fera du journalisme et se fera écrivaine après avoir tué l’ange du foyer : «Nulle ne pouvait écrire avant d’avoir exterminé l’Ange du Foyer», car cet être «excessivement sympathique, positivement charmante, et parfaitement altruiste», «la pureté incarnée» veut tenir la plume aussi pour Virginia «c’était elle ou moi, Je me jetais sur elle, la pris à la gorge et de toutes mes forces m’efforçai de la tuer… Elle aurait vidé mes écrits de toute substance.» (Professions féminines in Les Fruits étranges et brillants de l’art)

Dès 1904 Virginia Woolf cherche à gagner sa vie en écrivant. Elle sera correspondante du Guardian, du National Review, du Times Literary Supplement où elle fera la critique d’ouvrages parlant de choses inconvenantes pour une dame.

 

Une écrivaine féministe

Si le journalisme occupe Virginia de 1904 à 1909, l’écriture romanesque prend de plus en plus de place dans sa vie. Elle publie son premier roman en 1915 Voyage out (La Traversée des apparences), puis Nuit et jour (1919), La Chambre de Jacob (1922), Mrs Dalloway (1925), Promenade au phare (1927), Orlando (1928), Les Vagues (1931). Son activité de romancière se double d’une activité critique et de la mise à jour d’un matrimoine littéraire. Elle fera aussi de nombreuses conférences sur les femmes, les carrières ouvertes à celles-ci. On en retrouvera un certain nombre dans des ouvrages tels que The Common Reader (1925), Death of a Moth (1942). Elle est aussi l’autrice de deux ouvrages essentiels que nous devons toutes lire : Une chambre à soi (1929) et Trois Guinées (1938).

Virginia Woolf nous dit qu’elle a pu faire tout ceci grâce à un héritage, mais c’est aussi parce qu’elle et Leonard ont fondé leur propre maison d’édition, les presses Hogarth. En leur début l’imprimante tenait sur leur table de cuisine mais illes[1] ont vite publié non seulement leurs propres œuvres mais celles de T. S. Eliot, de Maxime Gorki, de Katherine Mansfield et de Sigmund Freud.

Virginia et Leonard avaient fait un pacte de suicide au cas où les nazis débarqueraient en Grande-Bretagne. Cela n’arrivera pas mais le 28 mars 1941 Virginia Woolf se suicide. Elle remplit ses poches de pierres et rentre dans la rivière près de sa maison. Elle laisse une note à son mari : « J'ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. Je sens que je ne m'en remettrai pas cette fois-ci. Je commence à entendre des voix et ne peux pas me concentrer. Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m'as donné le plus grand bonheur possible... Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler.». Elle rentre dans la seule vie qui soit passionnante, selon elle, la vie imaginaire.

Thérèse Moreau

 

 



[1] Illes pronom troisième personne du pluriel incluant femmes et hommes