Olympe de Gouges : de la DŽclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne ˆ lĠŽchafaud.

 

 

Olympe de Gouges fut ds sa naissance hors norme et ce non en raison de son sexe mais en raison de son illŽgitimitŽ. Elle est nŽe ˆ Montauban et le registre de baptme de lĠŽglise porte pour le 8 mai 1748 la mention :ÇMarie Gouze, fille lŽgitime de Pierre Gouze, boucher, et dĠAnne-Olympe Gouze, mariŽs, est nŽe dans cette paroisse le 7 mai 1748 et fut baptisŽe le lendemain.È Mais le pre officiel, qui nĠassiste pas ˆ la cŽrŽmonie, nĠest pas le pre biologique. Toute la ville sait que le gŽniteur nĠest autre que Jean-Jacques Lefranc de Caix, de Lisle et de Pompignan, prŽsident de la cour des Aides. CĠest lĠhistoire dĠun amour contrariŽ, les deux jeunes sĠaiment mais ne sont pas dĠŽgale condition. La famille du jeune homme lĠŽloigne de Montauban et lĠenvoie ˆ Paris o il deviendra un auteur ˆ succs. On marie la jeune femme en 1737 et dix ans plus tard son amoureux revient comme successeur de son pre. Lˆ il renoue avec Anne-Olympe dont le mari part au loin. CĠest alors quĠest conue Marie, troisime enfant du couple Gouze. Elle Žcrit dans un roman autobiographique :Ç Le fait est que ma mre, femme mariŽe, se donne ˆ un homme quĠelle avait dŽjˆ aimŽ quand elle Žtait jeune fille, quĠelle adore, quĠelle voulait Žpouser mais que lĠon avait sŽparŽ dĠelle et envoyŽ ˆ Paris dĠo il revint cŽlbre certes, mais non guŽri de sa passion. QuĠˆ ce moment-lˆ le mari ait ŽtŽ absent, favorisa en outre la renaissance de cette liaison.È La mre refusant de laisser le pre biologique sĠoccuper de lĠŽducation de leur fille, celui-ci se retire dans son village de Pompignan, y fait construire un ch‰teau, se marie alors que Pierre Gouze meurt en 1750. A la naissance dĠun fils lŽgitime, Jean-Jacques abandonne sa ma”tresse et leur fille. Il rŽpond ˆ sa demande de soutien peu avant de mourir en 1784 :Ç SĠil est vrai que la nature parle en vous et que mes imprudentes caresses pour vous dans votre enfance et lĠaveu de votre mre vous assurent que je suis votre pre, imitez-moi et gŽmissez sur le sort de ceux qui vous ont donnŽ le jour.È Ce sera quelques dŽcennies plus tard au tour de Flora Tristan de faire la pŽnible expŽrience de lĠillŽgitimitŽ ou, comme on disait ˆ lĠŽpoque, de la b‰tardise. Elle fut mariŽe ˆ seize ans ˆ Louis-Yves Aubry qui habitait Paris. Nous ignorons tout de ce mariage si ce nĠest quĠelle en garda une dŽfiance envers lĠinstitution du mariage qui est le tombeau de la confiance et de lĠamour.È.

Elle vit ˆ Paris, donne naissance ˆ Pierre Aubry, devient veuve moins dĠun an aprs son mariage. Elle est veuve, libre donc et ayant dŽsormais plus de droits. Marie Aubry devient alors Olympe de Gouges. On a beaucoup dit quĠelle vŽcut gr‰ce ˆ de riches protecteurs et quĠelle fut une femme galante mais cĠest une constante de la misogynie que dĠŽgaler Žcrivaine et putain. Elle va , comme son pre biologique, se consacrer au thމtre. La ComŽdie franaise a ˆ cette Žpoque le monopole parisien des pices en franais. Olympe va donc lui proposer ses Ïuvres : Le Mariage inattendu de ChŽrubin (1784 ), Zamore et Mirza, ou lĠheureux naufrage (1784), LĠesclavage des Ngres (1789). Cette dernire faillit lĠenvoyer ˆ la Bastille car elle attaquait les familles faisant fortune par lĠesclavagisme et ayant leurs habitudes au Franais. La RŽvolution ayant supprimŽ ce privilge, Olympe fera jouer deux autres pices ˆ Paris : Le Couvent ou les VÏux ForcŽs (1791) et LĠEntrŽe de Dumouriez ˆ Bruxelles (1793).

La RŽvolution va amener Olympe ˆ faire de la politique. Elle fait para”tre de nombreuses brochures sur lĠactualitŽ, va devant lĠAssemblŽe Nationale pour y prŽsenter une pŽtition, cherche ˆ organiser des ftes et spectacles patriotiques. En 1791 elle rŽdige sa DŽclaration des Droits de la femme et de la citoyenne o elle affirme que la RŽvolution ne saurait aboutir sans que les femmes y soient prises en compte pour devenir des citoyennes ˆ part entire et avoir les mmes droits et devoirs que les hommes.

DŽmocrate, elle dŽfendit Louis XVI et se pronona publiquement contre sa mise ˆ mort . Elle Žcrivit Žgalement contre Marat et Robespierre. Paraissent fin 1792 Compte moral, Mon dernier mot ˆ mes chers amis, Testament politique dĠOlympe de Gouges, Lettre ˆ la Convention nationale et au Peuple, Pronostic sur Maximilien Robespierre par un animal amphibie.

1793 : Olympe est arrtŽe, jugŽe et exŽcutŽe. Elle tente dĠŽchapper ˆ la guillotine en dŽclarant quĠelle est enceinte mais le 3 novembre elle est menŽe place de la RŽvolution pour tre exŽcutŽe publiquement. La reine Marie-Antoinette avait ŽtŽ guillotinŽe le 16 octobre, Manon Roland le sera le 8 novembre. Comme nombre de femmes, si elles nĠeurent pas le droit de monter ˆ la tribune pour faire des harangues politiques, elles eurent celui de monter ˆ lĠŽchafaud pour servir dĠexemple. CĠest ce que dit lĠAvis aux RŽpublicaines du 17 novembre 1793: ÇEn peu de temps, le Tribunal rŽvolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera sans doute pas perdu pour elles; car la justice, toujours impartiale, place sans cesse la leon au c™tŽ de la sŽvŽritŽ. Marie-Antoinette,... Son nom fera ˆ jamais horreur ˆ la postŽritŽ.

Olympe de Gouges, nŽe avec une imagination exaltŽe, prit son dŽlire pour une inspiration de la nature. Elle commena par dŽraisonner, et finit par adopter le projet des perfides qui voulaient diviser la France; elle voulut tre homme dĠƒtat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice dĠavoir oubliŽ les vertus qui conviennent ˆ son sexe.

La femme RolandÉ cet oubli toujours dangereux, finit par la faire pŽrir sur lĠŽchafaud.È

 

ThŽrse Moreau