Voilˆ pourquoi votre mre est muette

 

Parler sa langue maternelle, dit-on. Mais on affirme que le silence orne les femmes, et que si les faits sont masculins, les paroles, elles, sont fŽminines.

Muettes donc sont les vraies femmes, les femmes honntes. Le langage devrait en rendre la transparence, le veloutŽ, dans lĠocŽan du masculin, se perdraient les gouttelettes fŽminines. Mais cette mutitŽ fŽminine dont parlent tant les hommes est le fruit dĠun long travail de corps ˆ corps. Ce silence imposŽ par et dans le langage veut cacher ce qui fut imposŽ aux femmes que ce soit leur Žviction de la vie publique, les viols, les incestes, les violences domestiques...

Il nĠy aurait donc ˆ raconter quĠune histoire des tres masculins, la culture et lĠhumanitŽ seraient leur. On (HOM) ne conna”trait quĠun vŽritable genre: LĠuniversel ou le non marquŽ (comme on parle du marquage du bŽtail, des esclaves qui vous appartiennent ou du non castrŽ?). Cela pourrait tre dit de presque toutes les langues autant que du franais, mais sur celui-ci les hommes lŽgifrent.

 

En Suisse romande, nous partageons notre langue ˆ quelques idiomes prs avec de nombreux autres pays francophones. Nous sommes liŽ-e-s par un passŽ historico-linguistique commun. La Belgique, la Romandie furent terres franaises tout comme le QuŽbec, appelŽ Nouvelle France, la Louisiane; le SŽnŽgal, AlgŽrie, le Maroc, le Vietnam... furent colonies franaises et les enfants de toutes ces Žcoles apprirent ensemble Ònos anctres les gauloisÓ. Nos pays ont depuis, divergŽ mais nous pensons, et nous sommes pensŽ-e-s par la mme langue et son refoulŽ.

Or il fut un temps o femmes et hommes partagrent la vie publique et privŽe dans les espaces francophones. Les historien-ne-s du Moyen Age ont montrŽ que les femmes exeraient alors de nombreux mŽtiers et que la langue les disaient au fŽminin comme au masculin. Les femmes rŽgnaient, gouvernaient, votaient, rendaient la justice et les textes mentionnaient Òicelles et ceuxÓ, Ò toutes et tousÓ, Ògentes dames et beaux seigneursÓ. JusquĠau XVIIe sicle, la femme mariŽe, lĠhomme mariŽ gardaient leur propre nom, puis il devint obligatoire pour les Žpouses de prendre le nom du mari. La rgle grammaticale dominante qui Žtait alors lĠaccord de lĠadjectif ou du participe avec le substantif le plus proche soit pour reprendre lĠexemple de Beno”te Groult: Òun chien et cent femmes Žtaient contentes de leur belle promenadeÓ, changea elle aussi pour affirmer que lĠhomme Žtant plus noble que la femme, en grammaire Žgalement le masculin devait lĠemporter sur le fŽminin..

La RŽvolution franaise – et on se souviendra quĠil y avait alors un dŽpartement du LŽman – refusa lĠexercice de la citoyennetŽ aux femmes et dŽclara universel les Droits de lĠhomme abolissant ceux des femmes qui eurent nŽanmoins celui dĠtre guillotinŽe pour leur opinion politique ou celle de leur mari ou famille. Durant tout le XIXe sicle, penseurs et politiques sĠemployrent ˆ justifier cette exclusion et ˆ la codifier dans le langage. On parla du suffrage universel alors que la moitiŽ de lĠhumanitŽ Žtait interdite de vote, la femme du maire devint la mairesse, celle de lĠambassadeur lĠambassadrice, seules les femmes ˆ tout faire, les ouvrires... gardrent au fŽminin la dŽnomination de leur mŽtier; le fŽminin marquant alors dĠun signe nŽgatif un mŽtier dont les hommes ne voulaient plus.

LĠŽmancipation par le langage nĠest donc ni un combat dĠarrire garde ni une revendication rŽcente. Hubertine Auclert Žcrivait en 1899: Ò LĠomission du fŽminin dans le dictionnaire contribue, plus quĠon ne le croit, ˆ lĠomission du fŽminin dans le code (c™tŽ des droits) [...] La fŽminisation de la langue est urgente, puisque pour exprimer la qualitŽ que quelques droits conquis donnent ˆ la femme, il nĠy a pas de motsÓ. Faut-il rappeler ici que nous avons toutes et tous une Òcarte dĠŽlecteurÓ.

 

CĠest au QuŽbec que la fŽminisation du franais a pris son essor ˆ la fin des annŽes septante. Elle correspond ˆ la libŽration des femmes mais aussi ˆ ce que lĠon a appelŽ lˆ-bas la rŽvolution tranquille, elle co•ncide Žgalement avec la dŽfense du franais sur un continent anglophone. Le gouvernement quŽbŽcois sĠest, en effet, dotŽ dĠun Office de la Langue franaise dont la mission est de rendre ˆ la langue sa vitalitŽ. LĠOffice statue sur le francisation des termes; il a rendu de 1979 ˆ 1984 trois avis sur la fŽminisation des titres et sur lĠaffichage des postes. En juin 1986 est paru un document intitulŽ: Titres et fonctions au fŽminin: essais dĠorientation de lĠusage. Tout en maintenant la fŽminisation facultative, lĠOffice est allŽ plus loin en publiant en 1991: Au fŽminin; guide de fŽminisation des fonctions et des textes. Ce guide propose de fŽminiser majoritairement avec lĠajout dĠun e final au substantif masculin (une consule, une auteure, une officire), de considŽrer certains masculins comme Žpicnes, et on a alors un-e marin, un-e commis, un-e chef. Cette fŽminisation suit le modle religieux de prieur, prieure qui fut le modle dominant au QuŽbec pendant des sicles, tout comme elle entŽrine lĠusage de mairesse et de contrema”tresse. La fŽminisation des textes se fait donc par 1) lĠŽcriture en toutes lettres des formes fŽminines et masculines; 2) le recours aux termes gŽnŽriques et aux tournures neutres. On dira donc les Droits de la personne, une annŽe-personne, le personnel enseignant, les Žlves...

Les publications officielles du QuŽbec proposent un guide pour la rŽdaction non sexiste des textes: Pour un genre ˆ part entire (1988); de nombreuses entreprises publiques et privŽes ont leurs propres directives et manuels.

 

En France une commission de terminologie pour la fŽminisation des mŽtiers, titres et fonctions fut nommŽe en 1984 par la ministre des Droits des femmes Yvette Roudy. Les recommandations issues des travaux de la commission ont ŽtŽ publiŽes au Journal officiel du 11 mars 1986. Ces recommandations nĠont eu aucun effet concret et lĠon peut dire que la France est lĠorpheline de la fŽminisation. Ce manque de conscientisation chez les franais-e-s, serait-il ˆ rechercher –comme le croit la philosophe Michle Le DÏuff– dans lĠillŽtrisme de nos arrires grands mres qui souvent parlaient patois, ainsi que dans lĠŽtrangetŽ des droits des femmes qui seraient une exportation anglo-saxonne, un cadeau obligŽ en des temps o la Constitution allemande concoctŽe par les alliŽs donnait le droit de vote aux Allemandes? Ou encore un engluement pervers de ce jeu de la sŽduction et de la spŽcificitŽ franaise des rapports entre les sexes? CĠest dans ce contexte quĠil faut analyser le r™le de lĠAcadŽmie franaise o chacun-e fait comme si elle, il ne connaissaient ni les mŽcanismes de la langue ni la lŽgislation franaise. Si lĠAcadŽmie franaise a valeur de rŽfŽrence, elle nĠa pas pour r™le la codification de la langue. Les t‰ches de lĠAcadŽmie ont ŽtŽ fixŽes en 1637 et ont peu ŽvoluŽ depuis. Devant Ònettoyer la langue des ordures quĠelle avait contractŽes ou dans la bouche du peuple ou dans la foule du PalaisÓ, sa fonction principale allait tre, selon lĠarticle 24 des statuts, de Òtravailler avec tout le soin et toute la diligence possibles ˆ donner des rgles certaines ˆ notre langue et ˆ la rendre pure, Žloquente et capable de traiter les arts et les sciencesÓ. SupprimŽe par la RŽvolution en 1793, lĠAcadŽmie sera peu ˆ peu rŽtablie par NapolŽon et retrouvera sa forme originelle sous la Restauration. CĠest en 1801 quĠune commission est chargŽe dĠŽtablir un Dictionnaire universel de la langue franaise, projet qui ne sera jamais menŽ ˆ bien et dont le but Žtait de purger la langue des excs rŽvolutionnaires.

Ce nĠest pas ˆ lĠAcadŽmie mais au LŽgislatif et ˆ lĠExŽcutif que revient la rŽnovation de la langue. Ds la fin du XIXe sicle divers arrtŽs ministŽriels entreprennent des rŽformes de la grammaire et de lĠorthographe. Et si lĠAcadŽmie a hurlŽ au viol, ou plut™t ˆ la castration de la langue en ce qui concerne la fŽminisation et certaines rŽformes orthographiques, elle a laissŽ travailler en paix les quinze autres commissions linguistiques et sĠest mme fŽlicitŽe de lĠintroduction de mots tels que baladeur, bureautique et autres logiciels. Le 14 juin 1984, lĠAcadŽmie franaise dŽclarait sous la plume de Claude Levi-Strauss et Georges DumŽzil: ÒLe franais conna”t deux genres, traditionnellement dŽnommŽs "masculin" et "fŽminin". Ces vocables hŽritŽs de lĠancienne grammaire sont impropres. Le seul moyen satisfaisant de dŽfinir les genres du franais eu Žgard ˆ leur fonctionnement rŽel, consiste ˆ les distinguer en genre respectivement marquŽ et non marquŽ. Le genre dit couramment ÒmasculinÓ est le genre non marquŽ quĠon peut appeler aussi extensif en ce sens quĠil a capacitŽ ˆ reprŽsenter ˆ lui seul les ŽlŽments relevant de lĠun et lĠautre genre. Quand on dit Ò tous les hommes sont mortelsÓ, Òcette ville compte 20000 habitantsÓ, Ò tous les candidats ont ŽtŽ reus ˆ lĠexamenÓ, etc., le genre non marquŽ dŽsigne indiffŽremment des hommes ou des femmes. Son emploi signifie que, dans le cas considŽrŽ, lĠopposition des sexes nĠest pas pertinente et quĠon peut donc les confondre. En revanche, le genre dit couramment ÒfŽmininÓ est le genre marquŽ ou intensif. Or la marque est privative. Elle affecte le terme dĠune limitation dont lĠautre seul est exempt. A la diffŽrence du genre non marquŽ, le genre marquŽ, appliquŽ aux tres animŽs, institue entre les sexes une sŽgrŽgation...Ó Dire, en 1986 et en 1994, que le genre fŽminin Žtablit une sŽgrŽgation (le mot scientifique neutre serait distinction) et quĠil est discriminatoire (plut™t que discriminant) para”t donc relever de la mauvaise foi. CĠest comme si on faisait porter tout le poids du nettoyage ethnique ˆ la pluralitŽ des populations civiles dĠex-Yougoslavie, des viols et des incestes ˆ celles ou ceux qui les subissent, ou si les opprimŽ-e-s politiques devenaient tout-ˆ-coup responsables de lĠoppression, sous prŽtexte que sans leur opposition au rŽgime, lĠƒtat nĠaurait pas eu besoin de recourir ˆ la violence. Par ailleurs la formule Òtous les candidats ont ŽtŽ admisÓ a longtemps signifiŽe que seuls les hommes pouvaient passer les concours, puis le fait que ceux-ci Žtaient sŽgrŽguŽes, ou le fait que seuls les candidats hommes ont ŽtŽ retenus – situation encore courante en Suisse et ailleurs. On peut nŽanmoins dire que le fŽminin est souvent discriminatoire envers toutes les femmes: reflŽtant la position infŽrieure des femmes, il vŽhicule la misogynie et le sexisme ordinaires. Il convient donc de lutter contre cette injustice et de rendre aux femmes la place sociale et symbolique qui devrait tre la leur.

 

En Romandie, cĠest fort-e-s des dŽbats de la francophonie que nous avons entamŽ les travaux intercantonaux pour lĠŽlaboration dĠun Dictionnaire fŽminin masculin des professions, titres et fonctions (Žditions MŽtropolis, 1991). Nous avons donc pris parti pour une fŽminisation systŽmatique qui suivrait les rgles des grammaires francophones afin de pourvoir rŽpondre ˆ lĠattente de celles et ceux qui sĠinquitent de la correction grammaticale de la langue. Nous avons Žgalement choisi de favoriser des usages minoritaires qui semblaient tre tombŽs en dŽsuŽtude mais qui correspondaient au ÒgŽnieÓ du romand. CĠest ainsi que nous avons repris sur le modle de Suissesse la terminaison esse pour les vocables dont le substantif remonte par le latin au grec issa. Par ailleurs, nous avons ŽcartŽ les formes masculines prŽcŽdŽes dĠun dŽterminant fŽminin pour faire systŽmatiquement entendre et donner ˆ voir les formes fŽminines pour quĠainsi les femmes ne disparaissent plus ni de la sociŽtŽ ni du langage. La fŽminisation du vocabulaire nous paraissant une Žtape vers un langage Žgalitaire, nous avons voulu entamer une dŽsexisation du langage en introduisant des expressions telles que celles et ceux, toutes et tous, etc. ; en recommandant de ne plus accorder systŽmatiquement au masculin lors dĠune suite de fŽminins et de masculins mais de retourner ˆ lĠaccord au plus proche, de suivre lĠordre alphabŽtique, dĠemployer dans des cas bien dŽterminŽs des traits dĠunion comme pour, par exemple, dŽputŽ-e-s, employŽ-e-s...

Dans la RŽpublique et canton de Genve, un rglement a ŽtŽ votŽ le 7 septembre 1988 :

Rglement relatif ˆ lĠusage de la forme fŽminine de nom de mŽtier, de fonction, de grade ou de titre dans les actes officiels.

Le conseil d'ƒtat,

          vu de lĠarticle 2A de la constitution de la RŽpublique et canton de Genve, du 24 mai 1847;

          vu lĠarticle 20A de la loi sur la forme, la publication et la promulgation des actes officiels, du 8 dŽcembre 1956;

arrte

Article 1 : La forme fŽminine des noms de mŽtier, de fonction, de grade ou de titre est utilisŽe simultanŽment ˆ la forme masculine lorsque la langue franaise le permet.

Article 2 :

1 Le fŽminin des noms de mŽtier, de fonction, de grade ou de titre est, dans tous les cas o cela est possible, au moins marquŽ par la prŽsence dĠun dŽterminant fŽminin.

2 Lorsque la forme spŽcifique du fŽminin est possible, elle doit tre crŽŽe selon les modles existants dans la langue franaise.

Art. 3 : Dans les cas o pour un mme mŽtier, une mme fonction, un mme grade ou un mme titre existent plusieurs formes fŽminines, la profession concernŽe est consultŽe afin de dŽterminer un fŽminin unique.

Art. 4: Pour les noms fŽminins de mŽtier nĠayant pas de masculin, une forme masculine correspondante est dŽrivŽes selon les rgles du franais.

Art. 5:

1 La forme fŽminine des noms de mŽtier, de fonction, de grade ou de titre est adoptŽe simultanŽment ˆ la forme masculine dans a) les rglements; b) les circulaires, les directives et les instructions du Conseil d'ƒtat; c) les offres dĠemploi et les dŽfinitions de fonction type.

2 La mme rgle est appliquŽe dans les Žtablissements de droit public et les organismes dŽpendant de l'ƒtat ou placŽs sous son autoritŽ.

3 Les dŽpartements concernŽs veillent ˆ ce que les arrtŽs, la correspondance ainsi que les ouvrages dĠenseignement, dĠorientation et de formation professionnelle et tout autre document interne ou externe emploient les formes fŽminines et masculines adŽquates.

Art. 6 : Le prŽsent rglement entre en vigueur le 1er janvier 1989.

 

La RŽpublique et canton du Jura sĠapprte ˆ faire la mme dŽmarche; dĠautres cantons suivront, dĠautant quĠun rŽseau en faveur de la fŽminisation lie la Belgique, la Romandie et le QuŽbec. La France devra suivre ce chemin si elle veut respecter les directives du Conseil de lĠEurope (cf. Recommandation No 5 (90) 4 du comitŽ des Ministres aux ƒtats sur lĠŽlimination du sexisme dans le langage et exposŽ des motifs, Strasbourg, 6 juin 1990, EG (90) 3).

On peut considŽrer quĠen Romandie la fŽminisation du vocabulaire est entrŽe dans les mÏurs, mme si on continue ˆ lire dans le courrier des lecteurs des journaux des lettres mettant au pilori tel ou tel fŽminin prŽtendument ridicule. Ces fŽminins mettent en jeu lĠimage du pouvoir et des femmes. CĠest ainsi que cheffe est ressenti par beaucoup comme incorrect alors que le mot chefferie se trouve dans tous les dictionnaires, de mme on Òa peurÓ de la confusion entre une ma”tresse de chantier et lĠamante ou la ma”tresse de monsieur N, tout comme mandarine fait rire car on a oubliŽ quĠˆ lĠorigine les mandarins Žtaient des hommes de pouvoir absolu qui s'habillaient toujours avec des vtements de couleur mandarine. Il semblerait que plus on se sent menacŽ-e par le pouvoir des femmes ou que lĠon a une mentalitŽ de colonisŽ-e vis ˆ vis de la France voisine, moins lĠon est prompt-e ˆ fŽminiser.

Nombre de Romand-e-s ont choisi lĠindŽpendance, et ds septembre 1990, lĠAssociation suisse des journalistes de langue franaise prenait parti en faveur de cette fŽminisation. LĠAssociation romande des conseillres et conseillers en orientation scolaire et professionnelle (ARCOSP) a, pour sa part, entrepris de rŽŽcrire toutes ses brochures et informations en un langage Žpicne. Le concours du journal pour enfants Jakari sur Òles mŽtiers nĠont pas de sexeÓ, a permis en 1993 de sensibiliser des milliers dĠenfants. La Commission ÒUn avenir diffŽrentÓ de lĠARCOSP a dŽcidŽ dĠutiliser certains de ces dessins pour leurs cartes de sensibilisation au langage non sexiste. Cette mme association a Žgalement dŽcidŽ dĠemployer systŽmatiquement les rgles du langage non sexiste dans sa revue, afin de familiariser chacun-e avec celles-ci. CĠest pourquoi nous regrettons amrement la dŽcision du gouvernement fŽdŽral qui a choisi une diffŽrence de traitement entre Suissesses alŽmaniques et suissesses francophones et italiophones en faisant de la fŽminisation du franais et de lĠitalien une option sans consŽquence.

 

La Belgique a suivi les directives europŽennes; les textes officiels commencent ˆ tre dŽsexisŽs ds 1988. En 1991 le Cabinet ˆ lĠŽmancipation sociale commande ˆ Patricia Niedzwiecki, linguiste et docteure s lettres, un code de fŽminisation en franais, nŽerlandais et allemand. Le dŽcret de juin 1993 sur la fŽminisation est entrŽ en vigueur le 1e janvier cette annŽe. Il rŽpertorie 1500 termes ˆ fŽminiser. Cette liste a ŽtŽ Žtablie suite aux travaux prŽparatoires La Langue au fŽminin de Patricia Niedzweicki qui sĠest inspirŽe des travaux quŽbŽcois et romands. Le dŽcret a ŽtŽ approuvŽ par lĠAcadŽmie royale de Langue et LittŽrature franaise de Belgique.

 

La fŽminisation de la langue permet de faire remonter le refoulŽ historique et personnel de chacun-e. Elle est le reflet du r™le des femmes dans la dŽmocratie; aussi ferons-nous n™tres des affirmations vieilles dĠun sicle: Ò En mettant au point la langue, on rectifie les usages, dans le sens de lĠŽgalitŽ des deux sexes. La fŽminisation initiale est celle de la langue, car le fŽminin non distinctement Žtabli sera toujours absorbŽ par le masculin. quand on aura rŽvisŽ le dictionnaire et fŽminisŽ la langue, chacun de ses mots sera un expressif rappel ˆ lĠordreÓ pour celles et ceux qui continuent ˆ voir les femmes comme des appendices de lĠhomme, des tres pas tout ˆ fait humaines...

 

 

Version franaise dĠun article paru dans le journal zurichois la WOZ en avril 1994