La grand-mre de Frankenstein

 

Autrice de La DŽfense des droits des Femmes (1792), promotrice de la RŽvolution franaise, de lÕamour libre, philosophe et Žcrivaine, Mary Wollstonecraft est surtout connue pour tre la mre de Mary Wollstonecraft Shelley et donc la grand mre de Frankenstein. Mise au ban du matrimoine de nombre dՎcrivaines et fŽministes du XIXe sicle pour sa vie ĮscandaleuseČ, donnŽe comme lÕexemple de lÕhystŽrie par une certaine psychiatrie, Mary mŽrite dՐtre redŽcouverte pour elle-mme.

 

NŽe le 27 avril 1759, Mary est la deuxime enfant du couple Elizabeth Dickson et Edward John Wollstonecraft. Sa mre lui prŽfŽra toujours son frre a”nŽ, elle sera suivie de 4 autres enfants dont ses sĪurs Eliza et Everina. La famille connut de nombreux dŽmŽnagements car Edward tenta vainement de se faire Įgentleman farmerČ. En 1774 toute la famille revient ˆ Hoxton, un faubourg de Londres. La violence de son pre, son alcoolisme conduisent Mary ˆ souvent coucher sur le palier pour empcher celui-ci de tabasser Elizabeth.

A 19 ans Mary sÕengage comme demoiselle de compagnie auprs de Mrs Dawnson ˆ Bath, emploi quÕelle trouva dŽtestable et qui fut interrompu par la longue sŽrie dÕinfortunes qui frapprent la famille Wollstonecraft. Mary rentra tout dÕabord soigner sa mre jusquՈ sa mort, puis en 1784 elle intervint pour permettre ˆ sa sĪur Eliza de fuir un mari violent.

Les deux sĪurs, ainsi quÕune amie dÕenfance Fanny Blood, fondrent une Žcole pour filles dans une communautŽ de Dissenters pour qui la raison donnŽe ˆ tout un-e chacun-e Žtait la preuve matŽrielle de lÕexistence de Dieu. En 1784 Mary part au Portugal pour rejoindre et soigner Fanny qui, enceinte, se mourait de tuberculose.

A la mort de son amie et de son enfant, Mary revient en Grande-Bretagne et doit fermer son Žcole pour des raisons financires. Elle sÕengage (1786) comme prŽceptrice en
Irlande, Žcrit Thoughts on the Education of Daughters. RenvoyŽe lÕannŽe suivante, elle rentre ˆ Londres o elle dŽcide de vivre de sa plume. Elle fait para”tre Mary, a Fiction ainsi que la traduction en anglais dÕun ouvrage de Jacques Necker, travaille au mensuel Analytical Review. Comme ses amis Richard Price, William Godwin, elle se passionne pour la RŽvolution franaise, rencontre lՎditeur Joseph Johnson, le philosophe Thomas Paine. Aussi rŽagit-elle ˆ lÕouvrage conservateur et pessimiste dÕEdward Burke en Žcrivant et publiant (anonymement une premire fois en 1790 puis sous son nom en 1791) A Vindication of the Rights of Men (La DŽfense des droits des hommes). En 1792 elle fait para”tre A Vindication of the Rights of Women o elle affirme que les femmes Žtant de la mme essence que les hommes, ayant les mmes caractŽristiques, la mme raison , il est logique et indispensable que les femmes aient les mmes droits et le mme traitement que les hommes.

Vivant une passion non rŽciproque pour le peintre et Žcrivain suisse Henry Fuselli qui refuse comme son Žpouse un mŽnage ˆ trois, Mary fuit seule vers la France et Paris. Elle y est lors de la Terreur. Elle rencontre lÕentrepreneur et Žcrivain Žtasunien Gilbert Imlay, devient son amante. Le couple sÕinstalle au village de Neuilly loin des troubles de la capitale Mary est frauduleusement inscrite comme Žpouse Imlay au consulat des Etats-Unis car les Britanniques font partie des ennemi-e-s du gouvernement. Leur fille Fanny na”t donc hors mariage en 1794.

LÕinfidŽlitŽ dÕImlay pousse Mary ˆ deux tentatives de suicide . Elle dŽcide donc de se sŽparer de lui et de rentrer avec sa fille ˆ Londres. Lˆ, elle renoue avec ses anciens amis. En 1796 Mary et Edward Godwin deviennent amant-e et se marient religieusement lÕannŽe suivante. En effet, Mary est enceinte et elle ne veut pas subir une nouvelle opprobre. Elle donne naissance ˆ leur fille Mary le 30 aožt 1797 et meurt de fivre puerpŽrale le 10 septembre.Elle fut peu apprŽciŽe par les victoriennes pour sa vie sentimentale hors normes, pour son rŽpublicanisme. Virginia Woolf, elle, ne se trompera pas et lÕinclura dans The Second Common Reader car Įencore aujourdÕhui nous entendons sa voix et constatons son influence, y compris ici et maintenant parmi les vivante-sČ.

ThŽrse Moreau