Livre! Est-ce des mots?
Faites de la dentelle, de la p‰tisserie, de la tapisserie[1]
&
C'est une convention romanesque de ne pas mentionner la soupe et le
saumon et les canetons[2]
&
J'avais, follement optimiste, envisagŽ de feuilleter ma p‰te, pensant qu'un mille feuilles Žtait chose convenable et rŽjouissante pour cette docte assemblŽe. Je n'avais pas prtŽ attention au fait que nous n'avions chacun-e que trente minutes et qu'il m'Žtait donc impossible de faire mon chef d'oeuvre dans le temps imparti. J'aurais pu, il est vrai, me contenter d'une p‰te toute faite, voire surgelŽe, mais c'ežt ŽtŽ tricher, faire de la sous p‰tisserie, des viennoiseries de gare, et risquer de tomber sous les imprŽcations d'un Baudelaire[3] gastronome. Adieu donc mille feuilles, puits d'amour, chaussons aux pommes[4], sacristain, palmiers et autres mirlitons!
Car le temps est, pour la plupart des femmes, mais pour celles qui Žcrivent tout particulirement, une denrŽe rare. Mariage et enfants restent des handicaps, mme si aujourd'hui nombre d'entre nous sont mariŽes. Celles qui ont eu des enfants commencent tardivement leur carrire. Je sais que je fus personnellement soulagŽe d'apprendre que Marguerite Yourcenar[5] avait Žcrit une grande partie de son oeuvre aprs la cinquantaine. Si elle qui n'avait pas d'enfants, si elle qui avait une compagne s'occupant de l'intendance, si elle qui avait un si grand talentÉ Alors je pouvais espŽrer. D'ailleurs la renommŽe des soeurs Tatin ne vient-elle pas du manque de temps? Et qui plus est, de cet acte Žminemment fŽminin qu'est le bavardage[6]?
Le temps Žtant le premier ingrŽdient pour les femmes, je me contenterai donc de vous faire une tarte aux fraises Louisa May.
Mais pourquoi, me direz-vous, en ces lieux acadŽmiques, revenir ˆ la cuisine alors que les intellectuelles de toute Žpoque ont voulu se dŽfaire du r™le de reproductrice immŽdiate qui fait des femmes[7] le deuxime sexe? C'est que les liens entre cuisine et littŽrature me paraissent nombreux et que la cuisine, comme le crime, peut tre l'un des beaux-arts. Je ne parle pas ici de cuisine ou de littŽrature alimentaires[8], quoique... Cuisiner, Žcrire c'est avant tout lire, apprendre de ses devanciers et devancires, imiter les oeuvres en commenant par les plus simples, feuilleter de gros et beaux volumes, rver, imaginer, s'adresser aux autres, vouloir ajouter sa propre touche. Et si les hommes ont pu Žcrire sur des sujets aussi horribles ou ennuyeux que les violences de toute sorte, leur enfance, les femmes de leur vie etc., pourquoi ne pourrions-nous pas Žcrire sur notre expŽrience sachant qu'il est plus honorable de fabriquer de quoi faire vivre plut™t que de quoi tuer?
J'ai donc appris hier soir que le temps m'Žtait comptŽ et que je devais ÇtricherÈ[9] au risque de crŽer Çun mirageÈ.
Nuitamment j'ai donc fait ma p‰te, suivant en cela l'exemple de George Sand, des soeurs Bront‘, mais aussi de Peau d'‰ne qui ne quittait ses oripeaux que la nuit afin de confectionner son g‰teau d'amour. J'avais pensŽ faire une p‰te brisŽe, courante pour les tartes, mais les connotations qui me vinrent ˆ l'esprit : femme brisŽe par les annŽes, par les ennuis, par les soucis; cde ou je te briserai É auraient donnŽ un aspect macabre ˆ ce g‰teau que je voulais festif. Certes, HŽlne Deutsch et bien d'autres ont cherchŽ ˆ me convaincre du masochisme primaire de la femme, un professeur parisien m'a d'ailleurs affirmŽ, lors de la dŽfense de ma thse que je ne connaissais rien ˆ la vie car je n'avais pas ŽtŽ ÇsodomisŽeÈ; on m'avait dit ˆ Hopkins qu'il fallait souffrir dans sa chair et son esprit pour faire partie de l'Žlite. Mais jamais, je n'ai pu considŽrer la douleur comme une jouissance, aussi ai-je dŽcidŽ de m'offrir le plaisir des verts paradis de l'enfance en faisant une p‰te sablŽe:
500 gr de farine fleur (comme les jeunes filles en), 350 gr de beurre des Charentes (j'y ai passŽ quelques annŽes),125 gr de sucre glace, 2 oeufs, 3 gr de sel de GuŽrande, 1 sachet de sucre vanillŽ (naturelle, la vanille), 125 gr de poudre d'amandes. MŽlanger le beurre coupŽ en morceaux, le sucre glace et le sucre vanillŽ, le sel, la farine, et la poudre d'amandes. Ajouter les oeufs et mŽlanger grossirement (le choix des injures sera le v™tre). Faire une boule, laisser reposer au frais de 12 ˆ 24 heures. Si vous n'tes pas experte, il vaut mieux laisser la p‰te reposer 24 heures afin qu'elle ne soit pas caoutchouteuse.
Je n'aurai donc plus ici qu'ˆ Žtaler ma p‰te : les notes en bas de pages vous convaincront sinon qu'elle est fine, au moins qu'elle est trs ŽtalŽe -, ˆ foncer une tourtire beurrŽe, ˆ la garnir de papier sulfurisŽ sur lequel je verserai un tas de haricots secs. Nous n'avons pas toutes la chance de pouvoir trouver immŽdiatement des fruits Žtranges et brillants[10].
Il m'a ŽtŽ facile de trouver des haricots. J'ai, gr‰ce ˆ la culture universitaire, longtemps marinŽe dans une sauce patriarcale ˆ base de haricots blancs et secs. Virginia Woolf[11] a Žcrit que les femmes ont, pendant des sicles, servi de miroir dŽformant aux hommes de leur entourage, ceux-ci s'y voyaient plus grands, plus beaux, plus gŽniaux, plus forts qu'ils ne l'Žtaient. Je crois que la culture patriarcale et misogyne, si elle ne dŽtruit pas les femmes, les empche d'tre les monstres boursouflŽs que furent souvent les hŽros de l'histoire et de la littŽrature. On peut donc mettre ple-mle sur le papier sulfurisŽ : on trouvera ici ceux qui hantrent mes Žtudes mais chacune peut y mettre les siens : Sade, Freud, Blanchot, Claude Levi-Straus, Jean de Meun, Kierkegaard, Michelet, Baudelaire, Jean Paulhan, Daudet, Comte, LombrosoÉ La liste en serait longue, trop longue. Sachez nŽanmoins que je n'ai jamais manquŽ de haricots blancs et trs secs pour me remettre ˆ ma place mais qu'officiellement je n'ai jamais frŽquentŽ ni haricots noirs ou rouges, ni lentilles vertes ou jaunes, pas mme de petits pois comme Poulain de la Barre ou autre John Stuart Mill.
Comme ma tarte est maintenant au four (180o et 20 minutes). Je vais pouvoir me prŽoccuper de ma garniture. Celle-ci vient et de mon apprentissage acadŽmique et de mes promenades hors des sentiers battus, dans les bois inexplorŽs ˆ la recherche de saveurs inconnues. Je voulais travailler la poŽsie d'Afrique noire, mais l'apartheid rŽgnait encore ˆ Hopkins, mon universitŽ d'alors. Je dŽcidais donc de travailler la correspondance entre Diderot et Sophie Volland mais cela n'intŽressait pas le dix-huitimiste. Je me rabattais alors sur Victor Hugo, car il y a de nombreuses images de femmes et l'Žcrivain engagŽ dans son temps me sŽduisait. Je me fis pourtant imposer pour mon bien et mon Žducation Jules Michelet[12].
Je vŽcus pendant plus de cinq ans dans l'ombre de ce pre de la RŽpublique. De lui j'appris que la femme est tout ˆ la fois dans la cuisine: elle est l'aliment, le mets de prŽfŽrence : ÇElle emprunte l'aliment ˆ la nature, mais elle le leur donne bien autre, mlŽe d'elle mme et par la tendresse devenu dŽlicieux[13] ÉÈ, le lieu de cuisson :Ç Sur ses reins, elle Žtablit une planchette, un petit four, et lˆ fait cuire le g‰teau[14] ÉÈ. LAFEMME y est naturellement vŽgŽtarienne[15], plus que tout, elle est le lait qui Çprend cent formes par elle, elle y met sa fine douceur, ses parfums, et il devient crme lŽgre et ŽthŽrŽe, un aliment de voluptŽ[16].È Je donnerai donc dans la voluptŽ et je ferai une crme Le Prince Jeanne-Marie :
1/4 l.. de lait frais, 1/2 gousse de vanille (cela rappellera la femme et son sexe), 3 oeufs (au nom du multiculturisme et en rŽbellion contre ma propre Žducation, je ferai fi des blancs et n'utiliserai que les jaunes), 50 gr. sucre, 20 gr. de farine (du pur froment &), 1/2 l. de crme fleurette (mais ne vous en laissez pas conter), 50 gr. de sucre glace. Lait, oeufs, sucre, vanille[17], crme. Voici la femme. Ouvrir en deux la gousse de vanille, gratter les petites graines et les faire tomber dans le lait, y ajouter la gousse, laisser infuser, puis mettre ˆ chauffer. Pendant ce temps, battre les jaunes et le sucre jusqu'ˆ ce que le mŽlange blanchisse - mme les plus ardent-e-s dŽfenseurs et dŽfenseuses de l'ouverture culturelle, restent prisonnir-e-s de l'impŽrialisme culturel blanc judŽo-chrŽtien É - ajouter la farine, mŽlanger rapidement, verser l'infusion lait vanille, mŽlanger jusqu'ˆ ce que la mixture soit homogne ou les grumeaux vous trahiront et on saura ce que vous avez empruntŽ. Verser le mŽlange dans une casserole, chauffer, donner quelques bouillons, sinon votre farine sera indigeste. Vous vous tes certainement demandŽ-e pourquoi de la farine dans un mŽlange si fŽminin. C'est qu'ici, pour rajeunir, fŽconder l'appareil, j'y introduis les femmes noires[18]-. Oter la gousse de vanille, verser dans un cul de poule, rŽserver. Verser la crme fleurette dans une jatte bien froide, battre pour la faire monter - malgrŽ tout ce que j'ai dit sur la souffrance, on ne saurait lire, Sade, Pauline RŽage et compagnie et s'en sortir indemne. Lorsque la crme a doublŽ de volume et est Žpaisse (attention ˆ ne pas trop la battre, elle se changerait en beurre),y ajouter les 50 gr. de sucre glace, la mettre au frais. Une fois la crme p‰tissire refroidie, y ajouter la moitiŽ de la Chantilly, mŽlanger dŽlicatement.
De fait j'avais fait cette crme hier pour avoir plus de temps aujourd'hui.
Je vous rappelle que le fonds de tarte cuit en vingt minutes et que de ce fait je peux prendre du temps pour la garniture.
Si, pour Michelet, le lait, la crme, les oeufs et la farine Žtaient intrinsques ˆ la femme, ils n'en Žtaient pas l'essence. La femme ou plut™t les femmes Žtaient pour lui des Çfruits splendidesÈ, les Allemandes et les Anglaises de Çmagnifiques fraises ananas[19]È tandis que les Franaises Žtaient de tendres et fines Çfraises des bois[20]È. J'ai donc trouvŽ dans mes pŽrŽgrinations nombre de fraises aux saveurs diffŽrentes mais tout aussi parfaites. J'aime les anglaises : la Jane Austen, les Bront‘ - la Charlotte comme l'Emily, la Christina Rosetti tout comme la P.D. James beaucoup plus mystŽrieuse, l'Alphra Behn, la George Eliot[21]; les allemandes: la Christa Wolf, la Nelli Sachs, la Bettina Brentano; les amŽricaines du Nord et de toute variŽtŽ : la Toni Morrison, la Louisa Alcott, la Kate Chopin, la Mary Daly, La Zora Neale Hurston, la Charlotte Perkins-Gilmann, la Katherine Porter, la Harriet Jacob, la Silvia Plath, l'Eudora Welty, la Mary Crow Dog; les quŽbŽcoises : la Louky Bersianik, la Nicole Brossard, la Marie-Claire Blais, l'Anne HŽbert, la Gabrielle Roy, la France ThŽret; les africaines : l'Evelyne Accad, la Myriam Ben, l'AndrŽe ChŽdid, la Nabile Fares; celles des ”les: la Maryse CondŽ, l'Alice Delpech, la Mireille Burnet, la Simone Schwartz Bart; les lointaines: la Marie Bashkirtseff, la Jung Chang, la Gabriela Mistral (celles-ci sont plus difficiles ˆ dŽnicher, il faut souvent une guide, une accompagnatrice); les suissesses[22] : la Corinna Bille, l'Isabelle de Charrire, l'Ella Maillard, la Monique de Saint-HŽlier, les franaises : l'Hubertine Auclert, l'AndrŽe LŽo, la Colette, l'Olympe de Gouges, la Louise LabŽ, la Monique Wettig, la Germaine de Sta‘l, la Marie d'Agoult, l'HŽlisenne de Crenne, l'ƒmilie du Ch‰telet, la Pernette du Guillet, la Franoise d'Aubonne, la Flora Tristan, l'Adle d'Esquiros, la Marie de Gournay, la Jenny d'HŽricourlt, la Marie Madeleine de Lafayette, la Juliette Lambert, la Violette Leduc, la princire Marie de France, la Marie-Jeanne Riccoboni, la Christiane Rochefort,, l'Albertine Sarrazin, la Madeleine de ScudŽry, l'Elsa Triolet É
Sortir le fonds de tarte du four, enlever les haricots qui n'ont dŽsormais plus d'utilitŽ et laisser refroidir. Sortir la crme du rŽfrigŽrateur. Certaines fraises sont plus belles, plus gožteuses, plus odorantes que d'autres. J'ai donc choisi de couper les moins belles, les moins succulentes pour les mŽlanger ˆ la crme. Celle-ci leur communiquera sa saveur, son onctuositŽ; les fraises donneront ˆ leur tour une aciditŽ, un croquant que n'aurait pas la tarte sans elles.
Remplir le fond de tarte du mŽlange crme et fraises coupŽes - il va de soi que les fraises n'Žtant pas entire, seul-e-s les gastronomes avisŽ-e-s sauront les reconna”tre. DŽcorer la tarte avec les fraises rŽservŽes.
J'ai pour ma part choisi pour la dŽcoration la Christine de Pizan[23], la Simone de Beauvoir, la Marquise de SŽvignŽ, la Mary Shelly[24], la Marguerite Yourcenar, la ClŽmence Royer, la Mary Daly, la George Sand & Au milieu j'ai mis la Virginia Woolf :
ÇJe me jetais sur elle, la pris ˆ la gorge et de toutes mes force, m'efforai de la tuer. Devant un tribunal, je n'aurai qu'une excuse; ce fut un cas de lŽgitime dŽfense: c'Žtait elle ou moi. Elle aurait vidŽ mes Žcrits de toute substance[25]È
ÇNulle ne pouvait Žcrire avant d'avoir exterminŽ l'Ange du foyer[26]È
ÇPrenez cette guinŽe, utilisez-la pour faire bržler le collge jusqu'ˆ ses fondements mme. Mettez le feu ˆ ces vieilles hypocrisies. Que la lumire du b‰timent incendiŽ effraie les rossignols et qu'elle empourpre les saules ! Que les filles des hommes cultivŽs dansent en ronde autour du feu! Et jettent des feuilles mortes sur les flammes. Et que leurs mres se penchent aux fentres les plus hautes et crient : Laissez-le bržler ! Laissez-le bržler ! Car nous en avons fini de cette "Žducation"[27]È
Je sais que certaines, Outre Atlantique comme ici, Žvoqueront cette cuisine des hommes ÇblancsÈ, ÇeuropŽensÈ, ÇjudŽo-chrŽtiensÈ en se demandant s'il ne faudrait pas bržler le r™ti et tout verser ˆ la poubelle. Mais pourquoi nous priver de ce qui a nourri et fait rver des gŽnŽrations? Nous devons nous aussi y trouver de bons ingrŽdients et les cuire ˆ notre sauce. Quant ˆ exterminer l'Ange du Foyer, n'y a-t-il d'autre solution que de commencer par le meurtre? Ne pouvons-nous pas subvertir cet ange, en lui donnant un sexe, en refusant que la crme soit pure et ŽthŽrŽe? Si l'Ange devient femme, avec ses propres dŽsirs et ses mots pour les dire, son univers qui vaut bien celui de la guerre? Et puis le privŽ n'est-il pas politique? Je garderai donc l'Ange du foyer, mais comme j'ai cassŽ des oeufs, je garderai les blancs. On ne sait jamaisÉ
Et je les ai toutes entourŽes de chantilly
ThŽrse Moreau, Žcrivaine
Angers, le 15 juin 2000
Langages au fŽminin, textes rŽunis et prŽsentŽs par Dalila Morsly, Angers, Kachina, 2003, pp.119-129.
© ThŽrse Moreau
[1] Chanson des annŽes cinquante chantŽe par Sara Baucaire.
[2] Çcomme si la soupe et le saumon et le caneton n'Žtaient d'aucune importance, comme si personne n'avait jamais fumŽ un cigare ou bu un verre de vin. Je veux prendre ici la libertŽ de braver les conventions et vous dirai que le dŽjeuner, en cette occurrence, commena par des soles plongŽes dans un plat profond, surlequelles le cuisinier de l'universitŽ avait rŽpandu une couche de crme du plus beau blanc &È Virginia Woolf, Une chambre ˆ soi, Paris, ,Deno‘l, 1977 [1929],p.17.
[3] On se souviendra que Baudelaire Žcrivait contre George Sand et faisait des compliments fleuris ˆ Marcelline Desbordes-Valmore pour son authenticitŽ. Est-il d'ailleurs une meilleure cuisine de celle des mres? Quant ˆ Simone de Beauvoir, elle accuse les femmes de ne pas tre sŽrieuses: ÇQuand elle se dŽcide ˆ peindre ou ˆ Žcrire ˆ seule fin de remplir le vide de ses journŽes, tableaux et essais seront traitŽs comme des "ouvrages de dames", elle ne leur consacrera ni plus de temps ni plus de soin et ils aurons ˆ peu prs la mme valeurÈ. Simone de Beauvoir, Le Deuxime Sexe, Paris, Gallimard, 1949, II, 548.
[4] Pour celles et ceux qui ne pourraient pas se passer de ces dŽlices, je me permets de renvoyer ˆ ÇMadame Guillaume Tell fait de la tarte aux pommesÈ in ThŽrse Moreau, Le Grand Livre des Recettes Secrtes, Genve, MŽtropolis, 1997, pp.29-37.
[5] Ce qui prouve que mme Simone de Beauvoir peut nous rouler dans la panade puisqu'elle affirme :
ÇC'est souvent au moment de la mŽnopause que la femme pour compenser les failles de son existence se jette sur le pinceau ou sur la plume: il est bien tard; faute d'une formation sŽrieuse, elle ne sera jamais qu'un amateurÈ ( Le Deuxime Sexe, II, 458), ou, comme Lacan disait de MŽlanie Klein une ÇcuisinireÈ.
[6] La lŽgende veut que l'une des deux sSurs Tatin, propriŽtaires et cuisinires de l'auberge de Lamotte Beuvron se soit laissŽe conter fleurette par un client et aie laisser bržler le dessert. Les deux sSurs n'eurent donc d'autre recours que de jeter dans un moule beurrŽ les quelques morceaux de pommes et le peu de p‰te qui tra”naient dans la cuisine. Ainsi naquit la tarte ˆ l'envers ou Tatin.
[7] HŽlo•se Žcrivait ÇQuel rapport peut-il exister entre les Žlves et les nourrices, les Žcritoires et les berceaux, les livres ou les tablettes et les quenouilles, les stylets ou les calames et les fuseaux? Quel homme vouŽ ˆ la mŽditation philosophique ou thŽologique pourrait supporter les cris des nourrissons, les berceuses chantŽes par leurs nourrices pour les calmer ou la foule turbulente de domestiques, tant valets que servantes? Quelle femme mme aurait le cSur ˆ supporter la saletŽ des nourrissons, aussi constante que rŽpugnante?È . Plaidoyer contre le mariage citŽ par AbŽlard dans Historia calamitatum. Traduction Eric Hicks et ThŽrse Moreau, ˆ para”tre dans la collection Lettres gothiques, Livre de Poche.
[8] ÇQuotidien, ce travail devient monotone et machinal [ &] si l'individu qui les exŽcute est lui-mme producteur, crŽateur, elles [les t‰ches mŽnagres] s'intgrent ˆ son existence aussi naturellement que les fonctions organiques; c'est pourquoi les corvŽes quotidiennes semblent beaucoup moins tristes quand elles sont exŽcutŽes par des hommes; elles ne reprŽsentent pour eux qu'un moment nŽgatif et contingent dont ils se h‰tent de s'Žvader. Mais ce qui rend ingrat le sort de la femme-servante, c'est la division du travail qui la voue tout entire au gŽnŽral, ˆ l'inessentiel; l'habitat, l'aliment sont utiles ˆ la vie mais ne lui confrent pas de sens: les buts immŽdiats de la mŽnagre ne sont que des moyens, non des fins vŽritables et en eux ne se refltent que des projets anonymes & Le Deuxime Sexe, II, 242
[9] Je renvoie une fois de plus ˆ Simone de Beauvoir.
[10] Voir Virginia Woolf, Les Fruits Žtranges et brillants de l'art, Paris, Des Femmes, 1983 [1920].
[11] Voir Virginia Woolf, Une Chambre ˆ soi, page 54 et suivantes.
[12] Voir ThŽrse Moreau, Le Sang de l'histoire: Michelet et l'idŽe de la femme au XIXe sicle, Paris. Flammarion, 1982.
[13] Jules Michelet, La Femme, Paris, Flammarion, 1981 [1859], p. 135.
[14] Jules Michelet, La Sorcire, Paris, Flammarion, 1966 [1862], p. 121.
[15] Le vŽgŽtarisme de la femme a ŽtŽ affirmŽ haut et clair au cours des sicles. Aujourd'hui on prescrit un tel rŽgime pour protŽger des maladies mais aussi pour procrŽer des filles.
[16] La Femme, p. 138.
[17] Il suffit de frŽquenter les cours d'Žcole ou les chanteurs francophones pour savoir que les garons sont au chocolat ce que les petites filles sont ˆ la vanille.
[18] ÇLes races que l'on croit infŽrieures ne paraissent telles que parce qu'elles ont besoin d'une culture contraire ˆ la n™tre [ &] Le fleuve a soif des nuŽes, le dŽsert a soif du fleuve, la femme noire de l'homme blanc [ &] Elle devient la vraie femme noire, au nez fin, aux lvres minces; mme les cheveux se modifient. Les traits gros et boursouflŽs du ngre des c™tes d'Afrique sont (comme la boursouflure de l'hippopotame) l'effet de ce climat bržlant, qui, par saisons, est noyŽ de torrents d'eaux chaudes. Ces dŽluges comblent les vallŽes de dŽbris qui s'y putrŽfient. La fermentation y fait gonfler, lever, toute chose, comme la p‰te lve au four.È La Femme, p. 180.
[19] La Femme, p. 191
[20] Pour celles et ceux qui recherchent une hermŽneutique de la fraise, voir ThŽrse Moreau, ÇSemis au logisÈ in Le Grand Livre des Recettes Secrtes, pp. 119-125
[21] Je ne peux ici, faute de place, les citer toutes mais l'ouvrage The Bloomsbury Guide to Women's Literature de la gastronome Claire Buck et de son Žquipe publiŽ en 1992 par Bloomsbury Publishing ˆ Londres permettra ˆ chacun-e d'y faire son marchŽ et ce pour tous les pays.
[22] Voir Maryse Renard pour une carte amŽliorŽe.
[23] Christine de Pizan, La CitŽ des Dames, traduction Eric Hicks et ThŽrse Moreau, Paris, Stock/Moyen Age, 1986.
[24] voir ThŽrse Moreau, Amanda ou le fruit maudit de ses entrailles, Genve, MŽtropolis, 1988.
[25] Les Fruits Žtranges et brillants de l'art, p. 28.
[26] Les Fruits Žtranges et brillants de l'art, p .28.
[27] Virginia Woolf, Trois guinŽes, Paris, Des Femmes, 1977 [1938], p. 85.