Les femmes sont-elles solubles dans la démocratie française?

«Ce sont les femmes, disait un commandant républicain, qui sont les causes de nos malheurs, sans les femmes la République serait déjà établie, et nous serions bien tranquilles.» Jules Michelet .

«La raison fondamentale de l'échec de Ségolène Royal réside en elle-même.» Lionel Jospin.

;Elle est abonnée à Marie-Claire. Dans l'Nouvel Obs elle ne lit que Brétécher. Le Monde y a longtemps qu'elle ne fait plus semblant. Elle achète Match en cachette, c'est bien plus marrant. Refrain (2X) Ne la laisse pas tomber. Elle est si fragile. Etre une femme libérée tu sais c'est pas si facile....»

Liberté, égalité, fraternité, telle est la devise de la République Française et si on fait souvent l'analyse critique des deux premiers concepts, celui de fraternité semble en même temps aller de soi et être flou. Frère des hommes, des citoyens des autres nations mais aussi être frère de ceux qui n'ont pas la même couleur de peau, la même religion, le même sexe. Et si aujourd'hui la remise au placard du concept de lutte des classes fait que la solidarité remplace dans nombre de discours la fraternité, le post féminisme proclamé ne me semble pas pouvoir faire l'économie d'une redéfinition de la fraternité entre femmes et femmes ou entre femmes et hommes. Comment les rapports entre femmes et hommes sont-ils définis dans la démocratie Française ? Par qui sont-ils définis ? Ont-ils réellement bougé ? La République des Jules. La fraternité c'est d'abord appartenir à une même famille, avoir les mêmes parents, la même origine. Mais si on peut faire une adéquation entre famille et Histoire, parents et Nation, il est plus difficile de clamer que tous les citoyens (j'emploie à dessein le seul masculin, qui ici n'est nullement universel) sont de même origine. Dès la fondation de la République Française le peuple fait problème. On pouvait identifier les ennemi-e-s de la patrie et les nommer les «ci-devant», les réfractaires, les chouan-ne-s. On pouvait s'entendre sur les classes dirigeantes mais les classes laborieuses, elles, étaient dangereuses et polymorphiques. Il y a dans le peuple des barbares, des sauvages, on dira «sauvageons» au XXième siècle, ces autres en qui le citoyen Français ne se reconnaît pas. En 1831 la révolte des Canuts montre que les barbares «méditent peut-être une invasion.». Le choléra de 1847 fait prendre conscience aux classes dirigeantes et aux intellectuels que le prolétariat vit dans des conditions matérielles déplorables. Sa révolte en 1848 le fait accéder à la vie politique. On parle désormais de suffrage universel puisque tous les hommes, tous les mâles ont le droit de vote. Michelet ne disait pas autre chose :«je rentrai dans l'Histoire avec une âme toute nouvelle, un sens de plus : le sens du peuple, le sens, l'intelligence, l'amour des masses obscures, qui pourtant étaient notre France, notre Famille, notre sang, nous-mêmes. » La bourgeoisie progressive veut désormais amener ces barbares à l'humanité, à la morale républicaine et fraternelle. Pour ce, il faut que chacun se ressemble. Tous doivent avoir un air de famille que l'on puisse au premier coup d'il reconnaître un Français, un frère. Que l'ouvrier soit le jumeau du banquier, le paysan celui du bourgeois. L'idéal serait une république de clones ou de semi clones, de jumeaux identiques. C'est pourquoi le mythe du bon peuple soldat va prendre tout son essor. Quoi de plus ressemblant à un soldat qu'un autres soldat. L'uniforme permet de se reconnaître de loin tout comme la cocarde avait permis aux premiers révolutionnaires de s'identifier. Remarquons au passage que très vite les femmes furent interdites de cocarde. L'uniforme fait passer du barbare au bon Français :«Cet homme , au reste, qui vous repousse par la vulgarité, ôtez-lui son vieux vêtement, mettez-lui l'uniforme, le sabre, le fusil, un tambour, un drapeau en avant... On ne le reconnaît plus ; c'est un autre homme. Le premier, oû est-il ? Impossible de le retrouver.» (Le Peuple, p.159). Mais pour qu'une armée fonctionne il faut un chef suprême. Et de fait l'histoire de la république Française (je n'ose dire de la démocratie) est faite d'une succession de chefs, de pères, d'hommes providentiels : Marat, Danton, Robespierre, Mirabeau, Napoléon Bonaparte, le général Boulanger, Napoléon III, le maréchal Pétain, le général de Gaulle. François Mitterrand et sa génération Mitterrand, Nicolas Sarkozy (?). Il y a dans cette République des jumeaux une tentation totalitaire et un inconscient d'exclusion. Mais me direz-vous et les femmes ?

De la place des femmes

En 1793 le procureur Chaumette envoya à la guillotine toutes celles qui eurent l'audace de penser autrement :« Eh! depuis quand est-il décent de voir des femmes abandonner les soins pieux de leur ménage, le berceau de leurs enfants pour venir sur les places publiques? La nature nous a-t-elle donné des mamelles pour allaiter nos enfants ? La nature a dit à la femme : Sois femme ! Rappelez-vous cette femme hautaine d'un époux sot et perfide, la Roland qui se crut propre à gouverner la République, et qui courut à sa perte; rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges qui abandonna les soins de son ménage pour se mêler de la République, et dont la tête est tombée sous les fers vengeurs des lois. Est-ce aux femmes à faire des motions? Est-ce aux femmes de se mettre à la tête de nos armées? S'il y eut une Jeanne d'Arc, c'est qu'il y eut un Charles VII;» si le sort de la France fut un jour entre les mains d'une femme, c'est qu'il y avait un roi qui n'avait pas la tête d'un homme, et que ses sujets étaient au-dessous de rien. C'est ce qui diront nombre d'opposants de Ségolène Royal, que ce soit dans l'Impasse ou d'autres ouvrages d'adversaires (Eric Besson, Claude Allègre, etc.) de son propre parti. L'Avis aux Républicaines du 17 novembre 1793 reprend ce même thème de la punition pour celles qui s'aventureraient dans un monde d'hommes: « En peu de temps, le Tribunal révolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera sans doute pas perdu pour elles; car la justice toujours impartiale, place sans cesse la leçon au côté de la sévérité. Marie-Antoinette, élevée dans une cour perfide et ambitieuse, apporta en France les vices de sa famille; elle sacrifia son époux, ses enfants et le pays qui l'avait adoptée, aux vues ambitieuses de la Maison d'Autriche. Elle fut mauvaise mère, épouse débauchée, et elle est morte chargée des imprécations de ceux dont elle avait voulu consommer la ruine. Son nom fera à jamais horreur à la postérité. Olympe de Gouges , née avec une imagination exaltée, prit son délire pour une inspiration de la nature. Elle commença par déraisonner, et finit par adopter le projet des perfides qui voulaient diviser la France; elle voulut être homme d'Etat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe. La femme Roland, bel esprit à grands projets philosophiques et petits billets, reine d'un moment, entourée d'écrivains mercenaires, à qui elle donnait des soupers, distribuait des faveurs, fut un monstre sous tous les rapports. Sa contenance dédaigneuse envers le peuple et les juges choisis par lui, l'opiniâtreté orgueilleuse de ses réponses, sa gaieté ironique et cette fermeté dont elle faisait parade dans son trajet du palais de justice à la place de la Révolution, prouvent qu'aucun souvenir douloureux ne l'occupait. Cependant elle était mère, mais elle avait sacrifié la nature en voulant s'élever au-dessus d'elle; le désir d'être devant la conduisit à l'oubli des vertus de son sexe; cet oubli toujours dangereux, finit par la faire périr sur l'échafaud.» Amar, rapporteur au Comité de sûreté générale, demande le 30 octobre 1793 : «Les femmes doivent-elles exercer les droits politiques, et s'immiscer dans les affaires du gouvernement ? Gouverner, c'est régir la chose publique par des lois dont la confection exige des connaissances étendues, une application et un dévouement sans bornes, une impassibilité sévère et l'abnégation de soi-même ; gouverner, c'est encore diriger et rectifier sans cesse l'action des autorités constituées. Les femmes sont-elles susceptibles de ces soins et des qualités qu'ils exigent? On peut répondre en général que non. Bien peu d'exemples démentiraient ce jugement . Les droits politiques du citoyen sont de discuter et de faire prendre des résolutions relatives à l'intérêt de l'Etat, par des délibérations comparées, et de résister à l'oppression. Les femmes ont-elles la force morale et physique qu'exige l'exercice de l'un et de l'autre de ces droits ? L'opinion universelle repousse cette idée. 2 Les femmes doivent-elles se réunir en association politique ? Le but des associations populaires est celui-ci : dévoiler les manoeuvres des ennemis de la chose publique, surveiller et les citoyens comme individus, et les fonctionnaires publics, même le corps législatif ; exciter le zèle des uns et des autres par l'exemple des vertus républicaines ; s'éclairer par des discussions publiques et approfondies sur le défaut ou la réformation des lois politiques. Les femmes peuvent-elles se dévouer à ces utiles et pénibles fonctions ? Non, parce qu'elles seraient obligées d'y sacrifier des soins plus importants auxquels la nature les appelle. Les fonctions privées auxquelles sont destinées les femmes par la nature même tiennent à l'ordre général de la société ; cet ordre social résulte de la différence qu'il y a entre l'homme et la femme. Chaque sexe est appelé à un genre d'occupation qui lui est propre ; son action est circonscrite dans ce cercle qu'il ne peut franchir, car la nature, qui a posé ces limites à l'homme, commande impérieusement, et ne reoit aucune loi. L'homme est fort, robuste, né avec une grande énergie, de l'audace et du courage; il brave les périls, l'intempérie des saisons par sa constitution ; il résiste à tous les éléments, il est propre aux arts, aux travaux pénibles ; et comme il est presque exclusivement destiné à l'agriculture, au commerce, à la navigation, aux voyages, à la guerre, à tout ce qui exige de la force, de l'intelligence, de la capacité, de même il paraît seul propre aux méditations profondes et sérieuses qui exigent une grande contention d'esprit et de longues études qu'il n'est pas donné aux femmes de suivre. Quel est le caractère propre à la femme ? Les moeurs et la nature même lui ont assigné ses fonctions : commencer l'éducation des hommes, préparer l'esprit et le coeur des enfants aux vertus publiques, les diriger de bonne heure vers le bien, élever leur âme et les instruire dans le culte politique de la liberté : telles sont leurs fonctions, après les soins du ménage ; la femme est naturellement destinée à faire aimer la vertu. Quand elles auront rempli tous ces devoirs, elles auront bien mérité de la patrie. Sans doute il est nécessaire qu'elles s'instruisent elles-mêmes dans les principes de la liberté pour la faire chérir à leurs enfants; elles peuvent assister aux délibérations des sections, aux discussions des Sociétés populaires ; mais, faites pour adoucir les moeurs de l'homme, doivent-elles prendre une part active à des discussions dont la chaleur est incompatible avec la douceur et la modération qui font le charme de leur sexe? Nous devons dire que cette question tient essentiellement aux moeurs, et sans les moeurs point de république. L'honnêteté d'une femme permet-elle qu'elle se montre en public, et qu'elle lutte avec les hommes ? De discuter à la face d'un peuple sur des questions d'oû dépend le salut de la république ? En général, les femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses : et si, chez les anciens peuples, leur timidité naturelle et la pudeur ne leur permettaient pas de paraître hors de leur famille, voulez-vous que, dans la république Française, on les voie venir au barreau, à la tribune, aux assemblées politiques comme les hommes, abandonnant et la retenue, source de toutes les vertus de ce sexe, et le soin de leur famille ? Il est un autre rapport sous lequel les associations des femmes paraissent dangereuses. Si nous considérons que l'éducation politique des hommes est à son aurore, que tous les principes ne sont pas développés, et que nous balbutions encore le mot liberté, à plus forte raison les femmes, dont l'éducation morale est presque nulle, sont-elles moins éclairées dans les principes. Leur présence dans les Sociétés populaires donnerait donc une part active dans le gouvernement à des personnes plus exposées à l'erreur et à la séduction. Ajoutons que les femmes sont disposées, par leur organisation, à une exaltation qui serait funeste dans les affaires publiques, et que les intérêts de l'Etat seraient bientôt sacrifiés à tout ce que la vivacité des passions peut produire d'égarement et de désordre. [... ] Il n'est pas possible que les femmes exercent les droits politiques. Vous détruirez ces Sociétés populaires de femmes que l'aristocratie voudrait établir pour les mettre aux prises avec les hommes... » Ou comme demandera deux siècles plus tard Laurent Fabius «Qui gardera les enfants ?» Les événements de 1968 furent avant tout ceux des hommes, à cet époque la révolution pour les femmes passait par le fait de faire le café pour les «camarades», de faire marcher la ronéotype, voire distribuer les tracts et assurer le repos non du guerrier mais du militant révolutionnaire. De là la formation au début des années 70 de groupes féministes non mixtes. Discours repris presque mot à mot par Emile Morlot, député radical de 1896 à 1907. dans sa thèse consacrée à la capacité électorale : «En vain prétend-on que l'égalité civile accordée à la femme a pour corollaire nécessaire son émancipation politique. C'est méconnaître absolument le rôle de la femme dans l'humanité. Destinée à la maternité, faite pour la vie de famille, la dignité de sa situation sera d'autant plus grande qu'elle n'ira point la compromettre dans les luttes de forum et dans les hasards de la vie publique. Elle oublierait fatalement ses devoirs de mère et d'épouse, si elle abandonnait le foyer pour courir à la tribune (... ) On a donc parfaitement raison d'exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d'esprit, ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. » Alexandre Bérard, sénateur, reprend en 1919 à propos de plusieurs propositions de lois tendant à accorder aux femmes l'électorat et l'éligibilité : «Les mains des femmes sont-elles bien faites pour le pugilat de l'arène publique ? Plus que pour manier le bulletin de vote, les mains de femmes sont faites pour être baisées, baisées dévotement quand ce sont celles des mères, amoureusement quand ce sont celles des femmes et des fiancées » Alors que les femmes eurent le droit de vote en Nouvelle-Zélande en 1893, en 1902 pour l'Australie, 1907 pour la Finlande, 1913 pour la Norvège, 1914 pour l'Islande, 1915 pour le Danemark, 1918 pour la Grande-Bretagne, la Suède, l'Allemagne, la Russie soviétique et la Pologne, 1919 pour le Canada, les Pays-Bas et le Luxembourg, 1920 pour les Etats-Unis d'Amérique, la Tchécoslovaquie et l'Autriche, les débats en France portent sur le droit de vote des femmes aux seules municipales. Le Président de la Commission du Sénat, M. Régismanset, y affirma en 1919 : «Je suis féministe : j'estime et j'aime la femme autant que quiconque (... ). Mais c'est dans son intérêt que je lui refuse le droit de vote et d'éligibilité et que je ne consens pas à la jeter dans les mêlées électorales ». Paroles ressassées par les opposants au vote des femmes ou aux candidatures féminines. Il croit «émettre une vérité première digne de M. de La Palisse en disant que l'immense majorité des femmes se soucient beaucoup plus de savoir ce qui se portera cet hiver que de la réorganisation de l'armée ou de la péréquation des impôts (... ). Or, il y a des suffragettes qui viennent nous affirmer : les Françaises veulent donner leur avis sur les questions politiques, diplomatiques, économiques ; elles en ont assez d'être traitées en soeurs inférieures ; cela m'étonne, car, lorsque trois femmes sont réunies, elles se mettent aussitôt à parler chiffons (... ). Ouvrez un journal, si j'ose dire corporatif. Lisez la petite correspondance de ces revues de mode, auxquelles sont abonnées nos travailleuses, petites bourgeoises de la province, vous savez ce coin charmant et confidentiel ou " jeune maman embarrassée " demande à " sentimentale désabusée " une recette infaillible pour faire disparaître les taches de rousseur et conserver les haricots verts. Là, ces dames sont entre elles ; elles ne songent ni à se taire, ni à se méfier, et elles confessent ingénument leurs petits secrets. A chaque ligne, vous trouverez la femme en révolte ouverte contre nos disciplines. Ecoutez ces conseils funestes à la sûreté de l'Etat que "Renoncule rose" donne tranquillement à "Sensitive curieuse" : «A partir de trente ans, une femme ne peut que diminuer son prestige en faisant connaître son âge. En inscrivant son âge sur une carte, elle s'expose à de fâcheuses mésaventures. Une femme doit profiter des avantages que lui donne l'apparence de la jeunesse. Donc, mesdames, n'avouez jamais». Notre collègue M. Fernand Merlin a déposé un amendement qui ferait commencer à trente ans l'époque de capacité électorale pour la femme. Dans ce cas, si l'article dit vrai, il n'y aura pas de femmes électrices avant qu'elles aient atteint l'approche de la cinquantaine. ». En 1936 Léon Blum nomme trois femmes sous-secrétaires d'tat. Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore et Irène Joliot-Curie se virent donc attribuer un portefeuille ministériel alors même qu'elles ne pouvaient ni voter ni être élues. L'expérience fut d'ailleurs de courte durée. Elle ne dura que le temps du premier gouvernement de Léon Blum du 4 juin 1936 au 21 juin 1937 et ne fut pas renouvelée lorsque le chef de la S.F.I.O. revint au pouvoir en mars 1938. A la veille de la Seconde guerre mondiale, en 1936, la Chambre des députés pour la sixième et dernière fois, se prononce par 495 voix contre 0 pour le vote des femmes mais le Sénat n'inscrira jamais le texte à son ordre du jour. Pendant ce temps, les femmes votaient aux Philippines, en Turquie et dans presque toute l'Europe. Seule la France demeurait opposée à la reconnaissance de ce droit avec la Suisse, l'Italie et les Etats des Balkans. Le 24 mars 1944, par 51 voix contre 16, l'Assemblée adopte l'amendement de Fernand Grenier instaurant le vote des femmes. Le 21 avril 1944 l'ordonnance portant sur l'organisation des pouvoirs publics en France après la Libération est promulguée. Elle stipule, dans son article 17, que «les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Le 7 novembre 1944, à l'ouverture de sa session à Paris, il y a dix femmes dans l'Assemblée consultative provisoire. Et c'est lors des élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 que les femmes participent pour la première fois à des élections et le 21 octobre 1945 elles votent dans un scrutin national en répondant au référendum et en élisant des députés à l'Assemblée constituante. 34 femmes sont élues membres de l'Assemblée . En octobre 1945 le pourcentage de femmes élues à l'Assemblée était de 5,6 %. Il tomba à 1,5% en 1958 pour osciller entre 1,7 et 2,1% de 1962 à 1973. Puis il bondit à 3,7% en 1978 pour arriver à 10,9 % en 1997, date du projet de loi sur la parité. A la même date il y avait 40,4% d'élues en Suède, 18,4% au Royaume-Uni, la France arrivant juste avant la Grèce pour l'Europe mais au 72ème rang mondial derrière le Mozambique (12ème avec 25,2%). Avec la loi sur la parité du 6 juin 2000 nous sommes passé-e-s en 2002 à 12, 9% mais il faut savoir que l'UMP a préféré se priver de 4 millions deux cent soixante-sept mille trois cent trente-huit euros et avoir un déficit de 175 candidates. Le PS a accepté de perdre un million six cent cinquante et un mille huit cent six euros pour un solde négatif de 83 femmes, l'UDF n'a payé que six cent soixante sept mille soixante-seize euros pour 68 candidates en moins. Les femmes ont fait un peu mieux au sénat - Ségolène Royal était d'ailleurs sénatrice - avec 24,2% d'élues. Les dernières élections font monter le pourcentage de femmes à 20% ce qui laisse encore et toujours la France dans les pays les plus archaques du point de vue paritaire. La citoyenne est la femme du citoyen... Vous aurez reconnu ici une de ces maximes dont Joseph Proudhon avait le génie et tout aussi misogyne que le «ménagère ou courtisane». C'est que l'antiféminisme est la chose la mieux partagée dans la démocratie Française. La plupart des Français et des Françaises adhéreraient encore aujourd'hui, je crois, à cette définition du féminisme : «Le féminisme , c'est-à-dire cette confusion des sexes qui tend non plus à l'équivalence des conditions, mais à leur identité .» La gauche, comme la droite, est en faveur de l'égalité mais contre tout féminisme maladif. «Rien de plus constant, écrivait Fourier, de plus unanime, que les Français quand il s'agit de ravaler, par le fait, le sexe qu'ils feignent d'indemniser en fumée d'encens» (in Un siècle d'antiféminisme, p.31). Longtemps les partis politiques se sont accordés sur le fait que LA Femme ne devrait pas travailler . La citoyenne étant la femme du citoyen, une femme honnête ne travaillant point, il fut facile de faire de l'épouse du pharmacien la pharmacienne, de celle de l'ambassadeur l'ambassadrice. Puis la maîtresse de l'étudiant devint l'étudiante même si celle-ci était aussi une cousette, une petite main car prendre un amant est immoral. Mais être lettrée n'était pas tellement plus moral : on sait ce qui fut dit, est encore parfois dit des écrivaines . Et quand faire des études ne nuit pas à la moralité, il n'en reste pas moins que les précieuses sont toujours ridicules et les bas-bleus insupportables. C'est ainsi que Julie Daubié se fit refuser, en 1861, le titre de bachelier/bachelière par le ministre de l'Education par «crainte de ridiculiser son ministère». Et si, en 1880, la loi Camille Sée ouvre le lycée aux filles pour leur donner un enseignement laïc qui corresponde aux attentes de la République, il s'agit avant tout de former des mères capables d'éduquer de futurs citoyens, les matières nobles (latin, grec, philosophie) restent réservées aux hommes tout comme aujourd'hui la haute politique : Ségolène Royal «a échoué parce que, insensiblement mais inexorablement, l'idée s'est inscrite dans l'esprit de nos concitoyens que la candidate des socialistes n'avait pas la stature nécessaire pour être portée à la magistrature suprême.» (L'Impasse). Amar n'est pas loin... Pour ce que l'on appellerait aujourd'hui les progressistes, pour les socialistes utopistes à l'exception de Fourier, ouvrière est un «mot impie, sordide». C'est ainsi qu'au Congrès syndical de Rennes de 1898 la commission du travail des femmes «sans demander positivement que la femme soit exclue des usines, fabriques, ateliers de toutes sortes, que le champ du travail économique lui soit interdit - ce qui, dans les conditions présentes, équivaudrait à la mort industrielle - le congrès entend le limiter à la femme «fille ou veuve, obligée par conséquent de subvenir à ses besoins» et il ajoute : «Dans tous les milieux, nous devons nous efforcer de propager cette idée que l'homme doit nourrir la femme». » En temps de guerre, par contre, on a su envoyer les femmes à l'usine. On a su trouver les mots et les images pour les convaincre que travailler était compatible avec la féminité. Ainsi, en assistant au film La Femme Française tourné pendant la guerre par la section cinématographique des armées on est étonné-e d'entendre chanter les louanges des ouvrières du textile, des cantonnières, mais aussi des ramoneuses, des obusières, des livreuses, des porteuses, des cochères... En 1917, le Miroir de l'histoire fit lui aussi l'éloge des matelotes et aiguilleuses américaines, des cheminottes Françaises, mots et métiers au féminin qui, paraît-il, font se gausser dans la France contemporaine et scandalisent les défenseurs et défenseuses de la pureté de la langue. A Paris des vendeuses de journaux, des «camelotes, gentilles et correctes» remplacèrent de 1914 -1918 ceux qui normalement faisaient le trottoir sans qu'on les soupçonnât de vouloir vendre leurs charmes. D'ailleurs, médias et gouvernement pensaient alors comme Léon Abensour qu'il fallait féliciter ces vaillantes, ces héroïnes, d'avoir su «s'improviser dirigeantes d'exploitation agricoles, boulangères, métallurgistes, bureaucrates, administratives». Mais passées les périodes de guerre ou de plein emploi, chacun-e veut renvoyer les femmes au foyer : «Le travail des femmes, dont personne ne conteste la légitimité ni la légalité, et, pour proportionnel qu'il soit pour les femmes, et pour enrichissant qu'il soit pour le pays, n'en est pas moins facteur dechômage et dénatalité. plutôt que d'envoyer les femmes au travail, mieux vaut les envoyer au lit .» D'autres préconisent de faire du travail maternel une fonction rémunérée : «Ce salaire de la mère de famille coûterait incontestablement moins cher à la société que tout à la fois les indemnités de chômage versées aux femmes qui sont demandeuses d'emploi et les réparations coûteuses occasionnées par les désordres des jeunes à l'abandon. » Salaire depuis réalisé puisque la mère peut prendre un congé parental (sic) de trois ans avec un salaire à la clé. On notera également le nombre de femmes célèbres qui sont femmes de : Anne Sinclair, Cécilia Sarkozy, Christine Ockrent alors que l'on ignore les noms des époux et concubins des rares femmes politiques à moins que ceux-ci soient eux-mêmes des politiques. On songera aussi à Cécilia Sarkozy. Celle-ci, après son bac, entame des études de droit. Elle vit de petits boulots, travaille dans la communication, devient mannequin cabine chez Schiaparelli, la nuit. Elle abandonne finalement le droit et devient attachée parlementaire de René Touzet, sénateur de l'Indre, au sein du groupe de la Gauche démocratique, et ami de son frère. Lorsqu'elle rencontre puis épouse le 10 août 1984 Jacques Martin, l'animateur de télévision, elle cesse de travailler. Elle quitte ensuite Jacques Martin pour rejoindre Nicolas Sarkozy, en compagnie de ses deux filles, âgées alors de six mois et deux ans et demi. Cécilia et Nicolas se marient le 23 octobre 1996 à Neuilly. Elle va désormais suivre et aider son mari dans sa carrière politique .Elle avoue que «pour le Mouvement de libération de la Femme, cela peut poser un problème de vivre dans l'ombre de son mari. Mais, je n'en ai pas l'impression. On y trouve tous les deux notre compte. » Elle est la femme de l'ombre, l'éminence grise de son époux, qu'elle assiste et conseille en toute chose. Travailler ensemble est «un choix de vie qu'on a fait », «la politique est tellement violente qu'à deux, c'est mieux », dit-elle, elle qui a , en 2002, rejoint le ministère de l'Intérieur. Afin d'éviter toute polémique, Nicolas Sarkozy avait indiqué que son épouse n'est pas rémunérée pour son travail. Elle n'a, en général, pas eu de rôle officiel, juste un bureau à côté de son mari, sauf à une occasion : elle a été officiellement nommée conseillère technique au cabinet de son époux le ministre d'tat, ministre de l'conomie, des Finances et de l'Industrie (Journal officiel du samedi 24 avril 2004). C'est l'époque des deux pour un avec, entre autres, Luc Ferry et son épouse. Le couple Sarkozy est alors un habitué des médias, qui voient bien Cécilia en première dame de France. Après l'élection de son mari, si celle-ci ne se voit pas en première dame de France, elle entend jouer un rôle sur la scène internationale. Cécilia Sarkozy disposait d'une attachée de presse et d'un chef de cabinet. Elle fut la première conjointe de président à posséder une carte de paiement de l'Elysée pour son usage personnel, alors qu'elle n'y occupe aucune fonction officielle. La Présidence de la République aurait, lui-même, demandé cette carte bleue aux fonctionnaires de la Recette Générale des Finances, qui l'ont accordée sans tiquer malgré le flou juridique entourant une telle faveur. L'épouse de Nicolas Sarkozy peut ainsi puiser directement sur le compte du Trésor Public Français pour ses dépenses quotidiennes. Ce fut une première dans l'histoire des finances du palais de l'Elysée, qui en a pourtant vu d'autres en matière de dépenses des fonds publics. Elle a également eu un rôle diplomatique avec Nicolas de la Granville, 45 ans, pour la conseiller dans ses déplacements à l'étranger. Sa première action en 2007 aura été d'accompagner, en toute fin de négociations menées par l'Union Européenne, la libération des infirmières bulgares en se rendant à deux reprises à Tripoli en Libye. Le 12 juillet 2007, elle est partie en Libye rencontrer le Chef de l'tat Mouammar Kadhafi. Devant l'insistance de l'opposition, Nicolas Sarkozy a accepté en été 2007 la création d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur les conditions de libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Toutefois, par la voix du porte-parole de l'Elysée, il a fait savoir fin août que son épouse ne s'y présenterait pas, car «pour autant il paraît inconstitutionnel qu'il puisse répondre à une commission d'enquête parlementaire, expliquait David Martinon, ce serait une entorse au principe de séparation des pouvoirs». «Par extension, madame Sarkozy, puisqu'elle était son envoyée personnelle, tombe sous la même règle», avait-il ajouté lors d'un point presse hebdomadaire fin août. «Ce n'est pas ma place», a déclaré de son côté Cécilia Sarkozy dans une interview à l'Est Républicain, avant d'ajouter : "Je tiens cependant à faire la lumière sur mon rôle dans cette affaire, voilà pourquoi j'ai accepté de vous parler". Des bacchantes, des hystériques, des moches Si la place des femmes n'est pas en politique c'est, je le rappelle pour mémoire, que la France vit depuis le XIVe siècle sous le régime de la loi salique, loi qui est «le recueil des coutumes des Francs Saliens » Rédigé sous Clovis il contient des règles de procédures et quelques titres concernant le droit privé. C'est le cas du titre alodis : celui-ci exclue les femmes de la succession à la terre des ancêtres (Terra Salica) mais ne règle pas les successions au trône . On en trouve une première mention dans un mémoire rédigé en 1358 par le chroniqueur Jean Lescot pour le roi Jean le Bon et son fils Charles contre les prétentions des Anglais à la couronne de France. Puis, le 28 juin 1593, le Parlement a rendu un arrêt, dit de la loi salique, pour mettre fin aux tentatives faites pour mettre sur le trône de France l'infante Isabelle, fille de Philippe II et descendante par sa mère d'Henri II. Chacun était attaché à cette coutume puisque la loi salique fut reprise, dès octobre 1789, par les révolutionnaires et inscrite dans la Constitution de 1791 sous la forme suivante : «La Royauté est indivisible, et déléguée héréditairement à la race régnante de mle en mle, par ordre de primogéniture, à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance ». L'intrusion des femmes dans le monde politique va désormais être vécue comme une transgression, une irruption de l'irrationnel dans le monde masculin. Il y a bien eu au début de la Révolution des clubs (partis politiques) féminins, des clubs mixtes. Mais très vite, on stigmatisera les Tricoteuses, les Pétroleuses, puis «Un peuple de pécores insupportables [qui ] prétendront dépasser l'homme, le supplanter, l'écraser à leur tour » On notera le «à leur tour» ce qui montre, qu'au moins inconsciemment l'auteur de ses lignes pensait avoir opprimé les femmes. Auparavant on aura caricaturé Hubertine Auclert, la première suffragiste Française en lui attribuant «le coup d'état féminin». La caricature présente des hordes de suffragettes qui prennent militairement une ville grce à des «horreurs» et des «atrocités». Elles y font régner un ordre à l'envers, celui du carnaval, de la fête des fous, oû les hommes sont privés de droits politiques et doivent porter des habits féminins. D'autres caricatures montrent les féministes comme des frustrées qui déplacent leur passion sexuelle non assouvie vers le politique. Les sénateurs Français ne s'y trompèrent pas :«C'est qu'en effet, en majorité, les femmes qui réclament le suffrage universel savent tout faire sauf une chose : les enfants. Ce ne sont pas les mères qui réclament le suffrage universel, ce sont celles qui veulent se jeter dans l'arène électorale.» {Massabuau, séance du 21 novembre 1922). On sait l'usage que Brétécher a fait de ce stéréotype. Celles qui se mêlent des affaires de l'Etat sont immédiatement gratifiées de sobriquets : Nicole Notat, première femme à diriger un syndicat, se voit traiter de «tsarine», Marie-Antoinette avait été «l'étrangère», «l'Autrichienne», «la louve». Les responsables de la FNSEA souhaitent à Edith Cresson d'«être meilleure au lit qu'au ministère». Personne ne veut se souvenir du parcours politique estimable d'une femme plusieurs fois élue et tout à fait légitime à son poste, Cresson est un caprice de Mitterrand. C'est «une usurpatrice». l'époque, François d'Aubert ironise sur la nomination de «la Pompadour à Matignon ». La billettiste du Monde, Claude Sarraute, évoque «les clineries d'une femelle en chaleur». L'émission télévisuelle le bébête show représente la première ministre par une marionnette appelée Amabotte et lui lancent «bien fait salope, tu l'as voulu ton job». Toujours dans la même émission Kermitterrand, la grenouille présidentielle, confesse violer à l'occasion celle qui est représentée sous les traits d'une panthère hystérique Posté sur un site Internet ce jugement péremptoire sur Dominique Voynet .«Carriériste, barratineuse, comme les autres. Et excusezmoi pour le plénonasme. Seul but recherché : Le Pouvoir. Seul exercise pratiqué : La course au Pouvoir. Un idéal, ? ?? Non . Aucun bien sûr. Que de l'apparence.» Texte publié tel quel en septembre de cette année 2007. Quant à Dominique Voynet, elle rappelle que certains chasseurs avaient trouvé drôle d'amener des poupées gonflables à son effigie dans des manifestations et de lui envoyer des menaces de mort quand elle avait retiré l'ortolan de la liste des espèces ouvertes à la chasse, des chasseurs qui affirment «Dominique Voynet ne nous aime pas parce qu'elle est une mal baisée ». Au Salon de l'agriculture de mars 1999, celle qui était alors ministre de l'environnement, fut accueillie par ce slogan , «Tire ton slip, salope !». C'est à cette occasion que furent créées les Chiennes de garde . C'est à Ségolène Royal, candidate avec des chances importantes de l'emporter, que furent réservées les meilleures (pires) flèches. Elle fut surnommée «la Madone des sondages/du Poitou» en référence au roman La Madone des sleepings, «la reine du Chabichou», «Calamity Jane», «la pétroleuse du PS (en référence à Louise Michel et aux autres femmes de 1848), «maman ministre», «la louve rouge» (certainement influencé inconsciemment par son patronyme et Marie-Antoinette), une Bécassine». Jean-Luc Ménanchon, PS, affirma lors des primaires du parti : «la présidentielle n'est pas un concours de beauté » Concours qu'elle perdrait aussi d'ailleurs selon Marie-France Garraud, pour qui Royal «est jolie, belle même mais ce n'est pas une bombe sexuelle », rejoignant ici la socialiste Martine Aubry qui affirmait elle : «La présidentielle n'est pas une affaires de mensurations» (La Femme fatale, p.43). Dominique Strauss-Kahn, quant à lui, la renvoie là oû devraient être toutes les femmes à la cuisine : «Elle aurait mieux fait de rester chez elle, à lire ses fiches de cuisine.» (La Femme fatale, p.43) tandis que son épouse tente de convaincre ses collègues journalistes que Royal n'est qu'une «supercherie». «Candidature absurde» écrivait Emmanuel Todd. Pour Claude Allègre «Elle est opposée au progrès» (La Femme fatale, p.53) vieux leitmotiv des socialistes adversaires du vote des femmes. Ceci sera repris par Eric Besson : «Je ne vous parle pas, pas encore, de l'archasme qui sous-tend sa pensée : une détestation sourde de la modernité, de la science et du progrès » à propos de l'opposition de Royal au nucléaire et à la défense. Le propre compagnon de la candidate confie son inquiétude car il connaît «ses faiblesses» en économie et en affaires étrangères (comme par hasard) et sait «qu'elle n'est pas prête» (La Femme fatale, p 129). Jean-Marie Le Pen la surnomme dans les médias «Lady Nunuche» et Nicolas Sarkozy affirme «Elle n'est pas outillée» (La Femme Fatale, p.142) ce qui dans une république oû il faut être «couillu» est une suprême injure. Auparavant, alors qu'elle était ministre de l'environnement, elle avait été comparée au Parlement à «Marie-Antoinette qui élève ses moutons ». Un député aurait dit d'elle en 1996 au moment de sa nomination au bureau de la commission sur l'encéphalite spongiforme : «Ce fera une vache folle au bureau» (Les Coulisses, p.33). «Hautaine», «distante», «pète-sec», «péremptoire», avec une «hypertrophie formidable de son ego», faisant une «campagne tupperware», Sego la Gaffe, Segohaine, Segohollande ne peut être que le repoussoir pour la Nation. Lionel Jospin, malgré le peu de voix qu'il a eu en tant que candidat à la présidentielle, malgré sa conduite politique au lendemain de sa défaite personnelle, tance les socialistes qui ont choisi Ségolène Royal alors qu'elle n'a «ni les qualités humaines ni les capacités politiques» nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche et «espérer gagner la prochaine présidentielle. N'était-elle pas «une candidate qui était la moins capable de gagner» ? D'ailleurs, seul le dépit amoureux l'a lancé dans l'arène présidentielle. C'est Jacques Rebsamen qui l'a dit à François Hollande :«Tout cela ne serait pas arrivé si tu l'avais demandée en mariage» (La Femme fatale, p214) . Et, comme dans tout conte moral, vilaine Ségolène perdra et l'élection et son compagnon après plus de vingt ans de vie commune. Séduire et être mère, c'est pour cela qu'est faite la femme Les chercheuses féministes, et en particulier Eliane Viennot et Joan Scott , se sont interrogées sur ce féminisme à la Française qui clame haut et fort la déjà égalité des sexes, le post féminisme, la complémentarité et le bonheur dans le couple. Les femmes, en France, ont de tout temps préféré, si on en croit certain-e-s ,la séduction et la maternité à la liberté. Même les féministes le pensent : ainsi Sylviane Agacinski, épouse actuelle de Lionel Jospin, déclare dans un entretien télévisé à Karl Zéro «A partir du moment oû on incarne une idée par une femme, autant qu'elle ait des seins, et de beaux seins!» On ne sait pas si elle parlait de la candidate socialiste, d'elle-même ou d'une autre femme. L'importance de la beauté a été soulignée par le président de la République le 14 juillet 2007. Sur le perron de l'Elysée il a complimenté non pas ses ministres sur leur compétence mais son épouse et sa belle-fille pour leur beauté. Pour beaucoup, Cécilia Sarkozy semble la femme idéale. Pour VSD, qui a consacré trois «unes » depuis la fin mai à la dame de l'Elysée, pour Paris Match ou pour Gala, «Cécilia » est une hérone de conte de fées. Photos retouchées, commentaires édifiants, faux pas minimisés ou, mieux, portés à son crédit. Amour, gloire et beauté . «On la compare à Greta Garbo, à Jackie Kennedy, à Diana, écrit Gala. Elle veut simplement être elle-même : une femme qui apprécie l'ombre autant que la lumière, aime son époux mais sait lui résister, adore ses enfants mais se cherche un rôle, une femme toujours sous contrôle, mais qui demeure incontrlable. »Il y a sûrement quelque chose de juste dans ce portrait. La preuve ? Le Monde présente parfois, lui aussi, Cécilia Sarkozy sous des traits flatteurs. Une femme «distante, froide, réservée, rebelle, indépendante, élégante, et aujourd'hui conquérante ». Surtout, insistent les journaux, «Cécilia » est une femme «libre » : «Attachée à ses enfants et à sa liberté » (Libération) ; «Elle veut être libre. Jouer son propre rôle » ( Marie-Claire) ; «Libre, rebelle et professionnelle » ( Paris Match). Mais c'est en tant que mère qu'elle vole en Libye :«Moi, je suis arrivée sur place en tant que femme, en tant que mère, sans forcément m'attarder sur la complexité des relations internationales, mais avec la ferme intention de sauver des vies. Le seul sujet que j'ai abordé avec les dirigeants libyens, c'est la tragédie humaine. Le colonel Kadhafi a eu en face de lui une femme qui se consacrait exclusivement aux enfants de l'hpital de Benghazi que j'ai visité, aux familles des victimes que j'ai rencontrées, aux infirmières et au médecin emprisonnés ». Et comme une mère elle ne comptera pas ses heures de travail : «J'ai négocié sans relche pendant 50 heures » Elle affirme dans son entretien du 19 octobre 2007 avoir agi à l'instinct, elle aurait dit sans réfléchir «j'y vais» et n'aurait pris qu'une connaissance superficielle des dossiers dans l'avion qui la menait à Tripoli. L'idée n'est pas nouvelle , Michelet ne disait pas autre chose sur l'ouvrière, la paysanne, celle que l'on faisait passer, grce à l'éducation, de la rétrograde royaliste et catholique à la mère de la nation. , De même ce n'est que lorsque Ségolène Royal est vraiment mère que tous ont pu l'espace d'un instant la suivre : «Ce moment oû elle serre le poing contre sa poitrine, quand elle dit souhaiter aux enfants de France ce qu'elle a voulu pour les siens» ; ici Eric Besson y a cru car, écrit-il, «Je suis un père et un Méditerranéen. Et peut-être bon public. J'ai trouvé, là, Ségolène sincère dans ce rappel de sa maternité.» (Qui connaît? p.26) C'est «un post féministe assumé» (Qui connaît? p.147) qui l'affirme. Ségolène ne saurait, en fait, séduire en tant que candidate car elle «pose fréquemment en combattante. De taille moyenne, elle se tient étonnamment raide, comme les militaires lors d'une revue de troupe, le regard se portant souvent au-delà de son vis-à-vis, ainsi tenu à distance. Elle sourit beaucoup, certes, mais d'un sourire fixe et froid. Ses cheveux, toujours impeccablement lissés derrière l'oreille, ses dents qu'elle a fait redresser, ses tailleurs à la fois classiques et fantaisie : presque un uniforme.» (Les Coulisses, p.37) Héritière de Théroigne de Méricourt, «Zappaterreur» aura, elle aussi, sa déculottée et sa fessée. Une mauvaise féministe. Ce n'est pas que les Français et les Françaises ou que la classe politique soient antiféministes, c'est juste que la plupart des femmes et, en particulier Ségolène Royal, ne sont pas de bonnes féministes. Elles veulent utiliser ce concept pour elles-mêmes : «Elle joue de sa victimisation, elle instrumentalise le féminisme, les souffrances des femmes, et celles des exclus, pour asseoir son pouvoir» (Qui connaît? p.10). En effet, ici la parité, l'égalité est vue comme l'était le féminisme du temps d'Hubertine Auclert : un carnaval, un monde à l'envers : «Il faut comprendre que le contraire de l'égalité réciproque entre les femmes et les hommes c'est le féminisme, l'égalité pour les femmes, l'accumulation de privilèges accordés à la caste des femmes ». C'est encore ce qu'affirme Sylvaine Agacinski, plus épouse que féministe lorsqu'elle écrit dans Le Monde : «Chacun peut le remarquer : pour la première fois, le sexe présidentiel fait partie des enjeux de la campagne. Tant que la vie politique restait, pour l'essentiel, en droit ou en fait, une affaire d'hommes, le sexe des candidats ne pouvait pas compter. Mais l'égalité effective des hommes et des femmes permettant aujourd'hui à tous d'accéder ou de prétendre aux plus hautes fonctions, il devient un trait distinctif, parmi d'autres, des candidats. Si la parité contribue aujourd'hui à saper le vieux monopole masculin du pouvoir, en s'efforçant d'assurer aux femmes un égal accès aux fonctions électives, s'agissant de la fonction présidentielle, nous sommes face à une alternative : ce sera un homme ou une femme, et non pas les deux. Or nombreuses sont les voix qui, avec beaucoup de lyrisme, appellent à voter Ségolène Royal «parce que c'est une femme », mettent au compte de la misogynie toute réticence à l'égard de la candidate socialiste, et finalement, comme Benote Groult, revendiquent carrément la pratique d'une «misogynie à l'envers ». Malgré toute l'estime que je porte à l'auteur d'Ainsi soit-elle, je ne peux la suivre sur la pente de ce sexisme inversé. Le clivage droite-gauche battant de l'aile, l'alternance démocratique se réfugierait-elle dans une alternance sexuelle, comme si les deux sexes devaient se disputer le pouvoir suprême ? Bien plus, comme beaucoup le donnent à penser, l'enjeu de l'élection présidentielle serait-il de décider qui va l'emporter, des «machistes» ou des «féministes » ? Pour ma part, je ne me reconnais pas dans un féminisme qui se pense comme un machisme à l'envers, et je ne crois pas, contrairement à ce que me fait dire Benote Groult, que «l'angoisse machiste » explique les critiques dont la candidate a été l'objet. J'ai eu l'occasion de le dire, il ne semble pas qu'une candidate doive attendre un quelconque bénéfice d'un féminisme victimaire. Encore moins si elle fait un atout de sa féminité (je veux dire : du fait qu'elle est une femme). N'est-ce pas au nom du socialisme que Proudhon récuse, en 1849, la candidature d'une femme, Jeanne Deroin, pour seule raison qu'elle est femme?» Le féminisme de Ségolène Royal serait «assez primaire», (Les Coulisses, p.33), Elle «est dans un rapport un peu hostile à l'homme» aurait dit François Hollande (Les coulisses, p.32) par contre elle n'aurait rien contre des espaces non mixtes à l'école et ne «serait pas une fanatique de la mixité», «le voile islamique ne la gêne pas trop» (Les Coulisses, p.33). Plus grave est ce que l'on trouvait sur des listes dites féministes oû Ségolène Royal est vue comme une usurpatrice, une ennemie , une étrangère, voire une collabo: «Moi j'ai trouvé ça sur Internet - http://www.dailymotion.com/video/x1t0gs_ils-ont-collabore-avec-- et ça correspond exactement à ce que j'ai pu ressentir lorsque la loi sur l'autorité parentale était en préparation en 2001 puis a été votée en 2002. Les témoignages de ces anciens collaborateurs de Royal sont édifiants; notamment celui de cette ex-attachée parlementaire que Royal a obstinément refusé de payer (!!) et qu'elle se voit contrainte aujourd'hui de rémunérer (avec majoration) sur décision de la cour de Cassation. Je crois que peu ont idée du "kapo" qui sommeille en elle... Je ne suis pas d'accord avec l'idée que tout cela est "normal" parce que c'est un personnage politique. A gauche, les choses ne devraient pas être comme ça. Et les personnages de ce type ne devraient pas pouvoir usurper leur place de cette manière à l'intérieur d'un parti dit de gauche... Si d'aucunes ont regardé le débat hier soir, moi j'ai trouvé Royal singulièrement agressive et à côté de la plaque : elle ne sait absolument pas tenir tête à Sarkozy. J'ai aussi noté qu'elle considère qu'une victime de viol "se fait violer" : petit indice qui nous montre qu'elle est absolument étrangère aux préoccupations féministes. Car si elle était familière de notre milieu, elle emploierait l'expression plus militante et exacte "est violée" (car la malheureuse victime n'a rien demandé, nous le savons toutes). []As-tu observé la dureté de son regard? La violence de ses gestes (brusque et fréquent soulèvement des épaules)? La rigidité de sa posture? Moi ça m'a choquée. C'est pour ça que j'ai employé le terme, beaucoup plus banal en fait qu'on ne le pense. En italien, ce terme signifie seulement "chef" et dénonce l'autoritarisme qui se niche là. Bon d'accord, j'ai choisi l'orthographe allemande... » La représentation politique en France a toujours été pensée, reste pensée au masculin, et ce même par les femmes et les féministes. C'est pourquoi les vêtements, les chaussures, la coiffure, le maquillage de Ségolène Royal furent scrutés et trouvés défaillants. On ne s'intéresse que peu aux options de la candidate certain-e qu'elle ne saurait faire l'affaire. Le 2 mai 2007 pourtant , une autre chercheuse écrit : «Merci pour le "niaisement" []Sur cette liste il y a un effort de compréhension des unes et des autres mais les insultes des unes et des autres bloquent l'effort d'un seul coup. Ségolène Royal est conseillée par Yvette Roudy (pour les étrangères, Yvette Roudy est l'ex-ministre des droits des femmes sous le premier gouvernement de Mitterrand : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yvette_Roudy) et pour moi c'est une belle caution pour l'avenir. Je préfère, par mon vote, - qui ne m'a été octroyé que très récemment dans l'histoire -- surveiller de toutes mes forces une candidate de gauche -voire un candidat de gauche - que laisser installer, par mon non vote, un candidat comme Sarkozy. Quant à l'essentialisme, je rappelle que c'est au nom de l'essentialisme que les femmes ont été exclues du pouvoir, alors si un peu d'essentialisme s'y glisse maladroitement quand elles ont une chance d'y revenir, cela ne me dérange pas. Et je pense que quoi qu'il se passe au soir du 6 mai, cette si proche avancée féminine sera l'occasion d'objets d'études nombreuses sur ce qui s'est passé dans la campagne. Etre une femme en politique à ce niveau ça fait jaser : elle aurait été en pantalon avec des attitudes "masculines" ou bien en robe avec des attitudes "féminines" telles qu'actuellement, de toutes faons, l'image d'être femme, la performance qu'elle occasionne, donne à parler plus que l'image de l'homme. Et je trouve cela très fructueux. A ce propos, quelqu'un-e sait-ille s'il y a eu les mêmes commentaires, et s'il y en a eu après, au sujet de Michelle Bachelet ?» Je le répète, elle n'était pas outillée, pas couillue. Trop femme, pas assez femme, trop féministe, pas assez féministe, trop militante, pas assez militante, sans expérience mais faisant néanmoins parti des dinosaures sinon des éléphants, cette «gazelle »paraissait bien plus dangereuse que n'importe quel macho : «Je pense en conscience, que Ségolène Royal ne doit pas devenir Présidente de la République. Je ne le souhaite pas pour mon pays. Je le redoute pour mes enfants.» (Qui connaît, p.99 ) Et Eric Besson sera l'un des premiers à rallier le président nouvellement élu. Et les femmes furent plus nombreuses à voter Nicolas Sarkozy qu'à voter Royal, une première depuis longtemps car en France les femmes tendent à voter à gauche. La séduction ayant pour corollaire la jalousie et la rivalité, le pouvoir masculin a encore de beaux jours devant lui et n'a pas grand chose à craindre des filles de Marianne . Mariannes, Pompadours, reines de France et favorites Pas de présidente mais un gouvernement qui affirme être paritaire. Les chiffres détrompent vite . Oui, il y a des femmes mais elles ne font pas le 50% du gouvernement, loin de là. Elles sont pour beaucoup, me semble-t-il, instrumentalisées. Les deux politiciennes du gouvernement, Michèle Alliot-Marie et Christine Lagarde, n'ont pas été citées par le chef de l'Etat lors de son évaluation. Par contre Rachida Dati est jugée«exceptionnelle » par Nicolas Sarkozy, alors qu'elle est «comme une sur» pour Cécilia. La France semble être revenue, mais l'avait-elle jamais quittée ? à l'époque de la cour, qu'elle soit royale ou impériale. Ce qui semble compter c'est avoir les faveurs du souverain président, c'est être belle et élégante, se faire remarquer par ses frasques et ses caprices. Le monde nous envierait notre «first lady ». Pour le correspondant du Times, elle aurait en commun de ne jamais parler, elle «conforte les stéréotypes de la femme Française, très belle mais difficile». Pour Tracy Mac Nicoll, correspondante de Newsweek «son côté imprévisible est fascinant». Et, en effet, elle rappelle la chanson à la mode dans les années quatre-vingts citée en exergue et qui disait «elle est si fragile, c'est une femme libérée» . L'exemple qui nous est offert est celui d'une femme qui ne vote pas au second tour et néglige donc son devoir de citoyenne, qui prétexte une angine (les maladies sont souvent diplomatiques) pour ne pas aller s'ennuyer dans la famille d'un autre président, qui abandonne les cérémonies officielles pour fêter le jour même l'anniversaire de son fils ou de sa fille mais qui, n'écoutant que son cur de mère, vole changer le destin des personnes persécutées. Une femme qui ne fait pas de politique contrairement à Ségolène royal qui ne faisait que de la politique. Les propos de Cécilia Sarkozy sur la Libye le confirment : «Je suis choquée que certains médias utilisent ainsi un drame humain et exploitent la souffrance de femmes, d'enfants et des familles. Ce qui s'est passé lors de ma mission en Libye n'a rien à voir avec des polémiques droite-gauche. Pour ma part, je me suis concentrée sur la libération des infirmières et sur ces enfants qui vivent un enfer depuis 8 ans. Avant d'aller en Libye, je n'avais pas mesuré ce qu'enduraient les enfants malades, je pensais d'abord aux infirmières bulgares et au médecin palestinien. On ne m'empêchera jamais d'essayer d'aider ou de soulager la misère du monde, dans quelque pays que ce soit.» Une femme sans ambition politique autre que de servir son mari et l'humanité, une femme de l'ombre. Ségolène Royal, elle, fut «une illusion» qu'il ne faudrait pas prolonger. «Avoir commis une erreur (en la désignant) ne justifie pas qu'on la réitère». Ou autrement dit, les femmes ont eu une candidate, elles n'ont pas su choisir la bonne, ni la faire élire, passons donc aux choses sérieuses et choisissons-nous un chef, un homme qui sera premier secrétaire et qui deviendra président. Ne laissons pas cette femme prendre la tête de notre parti.

Les femmes sont-elles solubles dans la démocratie Française?

Je ne sais .Mais elles ne sont les bienvenues dans les allées du pouvoir qu'en tant qu'épouses de, maîtresses de, filles de Chacune mettra ici les noms qu'elle veut car ils ne manquent pas.

Thérèse Moreau, octobre 2007