Franoise dÕEaubonne : Une militante intransigeante des droits des femmes 

 

 

 

Une militante intransigeante ? CÕest en tout cas ainsi que lÕencyclopŽdie Wikipedia dŽfinit Franoise dÕEaubonne, pionnire de lՎcofŽminisme et de la dŽfense des droits des lesbiennes. Il est vrai quÕelle fut de toutes les luttes en France et dans le monde. Elle fut, entre autres, une cofondatrice du MLF, lÕune des signataires du manifeste desĮ343 salopesČ, lÕune des crŽatrices du FHAR (front homosexuel dÕaction rŽvolutionnaire).

 

Une enfant du sicle

Franoise dÕEaubonne est nŽe ˆ Paris le 12 mars 1920. Elle est la fille de lÕanarchiste chrŽtien le Comte Etienne dÕEaubonne, membre du Sillon et de lÕEspagnole Rosita Martinez Franco, fille dÕun chef carliste. Cet hŽritage duel marque sa vie et ses travaux. Le Sillon est un mouvement chrŽtien crŽŽ en 1894 soit un an aprs lÕencyclique Rerum Novarum. Son but est de rŽconcilier le mouvement ouvrier avec lÕEglise, de lutter contre le matŽrialisme communiste. JugŽ trop la•que par Rome, le mouvement se dissout lui-mme en 1910.

Le mouvement carliste, quant ˆ lui, est un mouvement espagnol conservateur et royaliste qui cherche par la lutte armŽe ˆ Žtablir une autre branche que les Bourbon sur le tr™ne. Les Carlistes sÕopposent donc ˆ la loi salique qui interdit aux femmes de rŽgner. Elles et ils joueront aussi un r™le lors de la guerre civile (1936-1939). Franoise dÕEaubonne et ses parents vivent ˆ Toulouse, sa jeunesse fut marquŽe par la maladie de son pre qui a ŽtŽ gazŽ lors de la premire guerre mondiale. A 19 ans elle vit arriver dÕEspagne les rŽpublicain-e-s qui vont vivre dŽsormais en exil. Elle connut ensuite la guerre et ses privations mme si elle Žtait en zone libre. A Paris lors de la LibŽration, elle vŽcut le retour des Juifs et des Juives des camps. Elle fit un rŽcit brutal et cru de sa jeunesse dans son roman Chienne de Jeunesse (Julliard, 1966).

Aprs la guerre elle entra pour quelques annŽes au parti communiste franais, milita activement contre la guerre dÕAlgŽrie. Elle fut lÕune des signataires du manifeste des 121 (septembre 1960) appelant les conscrits ˆ lÕinsoumission.

 

Le fŽminisme ou la mort

La lecture du Deuxime sexe la rŽvle au fŽminisme. Elle co-fonde le MLF dans les annŽes soixante, lutte pour la contraception et lÕavortement. Elle fut lÕune des femmes, aux c™tŽs de Simone de Beauvoir, ˆ affirmer publiquement quÕelle avait avortŽ. Elle proclama en 1974 lՎcofŽminisme dans son ouvrage Le FŽminisme ou la mort. Pour elle, lՎcofŽminisme est une philosophie et un mouvement liant fŽminisme et Žcologie qui sont les deux c™tŽs dÕune mme pice. Le patriarcat faisant subir le mme sort aux femmes et ˆ la nature. On retrouve chez Franoise dÕEaubonne un certain essentialisme puisque les terres et le pouvoir se transmettraient par les femmes dans son utopie. La vie sociale serait organisŽ par Žcovillages dÕune centaine de personnes. Ecologie-FŽminisme est donc crŽŽ en 1978. Cette philosophie aura un plus grand impact et fera un plus grand nombre dÕadeptes dans les pays anglo-saxons. CÕest ainsi quÕune chaire a ŽtŽ crŽe aux Etats-Unis.

Toute une sŽrie de ses Īuvres a trait au fŽminisme et aux droits des femmes, que ce soit Les Femmes avant le patriarcat (1976), Histoire de lÕart et luttes des sexes (1978), Ecologie, fŽminisme : RŽvolution, mutation ? (1978), Le Sexocide des sorcires (1999). Elle a voulut laisser une trace sur les crŽatrices et les femmes de pouvoir : Germaine de Sta‘l, Isabelle Eberhardt, Kristine de Sude, Jiang King, Antoinette Lix, Louise Michel, Simone de Beauvoir.

 

 

Pas un jour sans Žcrire

Franoise dÕEaubonne fut une Žcrivaine au sens plein du terme. Elle rŽdigea plus de cinquante ouvrages. Outre ses mŽmoires, elle Žcrivit des pomes, des romans de science fiction, des romans autobiographiques. On citera parmi ses derniers ouvrages, LÕEvangile de VŽronique. VŽronique aurait essuyŽ le visage de JŽsus avec un linge blanc o le visage se serait imprŽgnŽ. Ce roman se voudrait un Žvangile fŽminin et fŽministe. Il y a eu Žgalement La Femme Russe (2003), Les Scandaleuses (2004) qui sont celles par qui le scandale arrive. Mais on nÕoubliera pas les plus anciens comme, par exemple, Comme le vol des gerfauts (1947), Je ne suis pas nŽe pour mourir (1982), TerroristÕs blues (1987) ou encore Toutes les sirnes sont mortes (1992).

Elle fut lÕamie de nombre dՎcrivain-e-s du XXe sicle. Elle est morte le 3 aožt 2005 nous lŽguant un matrimoine fort riche tant pour le militantisme que pour les Žcrits. Elle sut se montrer courageuse, tenace et passionnŽe, tre de toutes les luttes en faveur des tres humains et de leurs droits, ce qui doit faire dÕelle, aux yeux des plus tides, une fŽministe intransigeante.

 

ThŽrse Moreau