Ces femmes qu'on assassine

Je m'interroge depuis le 11 mars sur le fait que la plupart des medias ont parlé de la tuerie de Winnenden comme si le meurtrier avait tiré au hasard, voulant «détruire son école». Ce serait un fait divers à mettre au compte de nombre de tueurs en série, sauf que la tuerie du 6 décembre 1989 à l'école polytechnique de Montréal n'est pas évoquée. Elle est d'ailleurs rarement citée par les divers médias dans de tels cas. Or les tueries de Winnenden et de Montréal sont comparables puisque dans ces deux cas, les meurtriers n'ont pas tiré au hasard, loin de là. Ils ont visé des filles, des femmes. Ils ont tous deux commis des crimes misogynes. Dans les deux cas, il s'est trouvé des spécialistes pour expliquer que cela était, entre autres, la faute du système enseignant qui dévirilise les garçons. Rien de particulier donc chez ce jeune Allemand. La police a bien retrouvé dans sa chambre des vidéos pornographiques, des DVD jugés «dans les normes» pour un adolescent... On ne sait ce qu'il regardait mais je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec certaines vidéos que l'on trouve sur Internet. Alertée par des féministes belges, je suis allée voir hier les vidéos du rappeur Orelsan. Celui-ci est à l'affiche du Printemps de Bourges 2009 et passe dans de nombreuses villes. On trouve dans ces chansons une apologie du meurtre dans de nombreuses chansons dont dans Saint Valentin un «Tu vas te faire marie-trintigner» ou encore «T'es qu'une truie qui mérite l'abattoir» Le remède au chagrin d'amour y est l'alcool et le meurtre .«Je vais te mettre en cloque et t'avorter à l'opinel». Que tant de jeunes hommes trouvent leur modèle dans la violence pornographique devrait inquiéter la société tout entière. Ce n'est pas que dans les pays fondamentalistes que l'on tue les femmes. Violées à neuf ans au Yémen ou au Brésil, lapidées en Afghanistan, Iran, au Nigeria ou au Pakistan, les femmes sont en Occident, tabassées jusqu'à ce que mort s'en suive. En Suisse, une femme sur cinq dit avoir subi des violences dans le cadre familial et dans le monde 70% des femmes assassinées l'ont été par leur conjoint ou partenaire. Un Britannique sur sept pense que les épouses doivent être battues ce qui est le cas pour 30% d'entre elles. En France, tous les quinze jours trois femmes meurent sous les coups de leur conjoint ou partenaire. Là-bas crimes d'honneurs, ici crimes passionnels. Mais partout la même indulgence vis-à-vis de ces crimes misogynes. Ceux qui font l'apologie de la violence envers les femmes, ceux qui violent, frappent et assassinent, se moquent bien de la Déclaration Universelle des Droits de la Personne Humaine et de son article 5 «Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants». Il est temps de nous poser la question d'une éducation qui respecte les femmes comme les hommes, qui fasse le deuil du mythe de la toute puissance masculine. Il nous faut donc aussi nous préoccuper de ce qui se passe ici et maintenant et faire que tous et toutes privilégient l'empathie et non la violence «virile».

 

 

Paru dans la page Réflexions du journal 24 heures (Lausanne) du 31 mars 2009