Arwaa, une reine au pays des reines

 

Le YŽmen reste une destination de rve et de randonnŽes associŽe ˆ une vision fondamentaliste de lĠIslam, aux femmes voilŽes de noires et interdites de citŽ. Et si on sait que la ville de Jibla est une petite ville fortement empreinte d'histoire, que c'est une ancienne capitale des hauts plateaux, on ignore souvent que sa grande mosquŽe fut construite sous le rgne dĠune femme, tout comme lĠaqueduc ou le palais de la reine aujourdĠhui en ruine qui comptait 365 chambres. La reine de Saba y rŽgna puis ce fut au XIIime sicle le tour de la reine Arwaa. Deux autres reines avaient rŽgnŽ entre la reine de Saba et elle-mme. Elle resta cheffe de lĠEtat jusquĠˆ sa mort ˆ quatre-vingt-douze ans. Ce fait nĠest pas Žtonnant car au YŽmen du XIime sicle les femmes participent ˆ tous les aspects de la vie publique.

Al-Mukarram son Žpoux est le fils d'Ali As-Sulayhi qui permit aux Sulaydes de dominer la rŽgion. Ali As-Sulayi Žtait un fervent musulman dont la doctrine, dite fatimide, a formŽ la base de la branche ismaŽlienne du courant chiite. Le roi Ali partagea son pouvoir avec son Žpouse la reine Asma. CĠest elle qui installa Arwaa au palais ˆ la mort du pre de celle-ci et du remariage de la mre. Arwaa fut donc ŽlevŽe et ŽduquŽe comme son Žgale aux c™tŽs de son futur Žpoux. Arwaa est une Žrudite qui reut une excellente Žducation. Elle administre la ville dĠAden quĠelle reut en dot.

Al-Murrkarram tombe malade et demande ˆ son Žpouse qui a alors vingt-six ans de gouverner ˆ sa place. Celle-ci accepte sans grand enthousiasme et dŽcide de faire le tour du pays pour savoir ce que les sujet-te-s demandent. A Jibla elle voit une faon de vivre qui lui para”t idŽale et quĠelle souhaite promouvoir dans tout le pays. Elle retourne donc ˆ Sanaa et demande ˆ toute la population de la ville et des environs de se rŽunir sur la place publique. Et lˆ elle demande ˆ son Žpoux : ÇQue vois-tu ?È et il ne voit rien dĠautres que des armes. Puis elle lĠemmne ˆ Jibla et lui redemande : ÇEt lˆ que vois-tu ?È et il voit des bergers menant paisiblement leurs moutons, des femmes transportant des jarres dĠhuile et de miel. Pas une seule arme en vue. La vie nĠest-elle pas plus douce, meilleure ici ? demanda Arwaa qui convainquit son Žpoux de faire de Jibla la capitale du royaume.

Le royaume avait ŽtŽ la proie de rois corrompus et malhonnte,s aussi Arwaa sĠattache-t-elle ˆ doter le pays dĠun bon gouvernement. Elle sera une administratrice remarquable, permettant la construction de routes, de monuments tels la superbe mosquŽe de Qubbat Baya z-Zum. Et si au dŽbut de son rgne il lui faut employer la force pour remettre de lĠordre, trs vite son amour de la paix va la conduire ˆ minimiser le r™le de lĠarmŽe. Elle utilisera plut™t la persuasion, la diplomatie voire lĠargent. CĠest ainsi quĠelle rachetait ˆ prix dĠor le bastion pris par les rebelles.

Deux handicaps lĠempchrent de mener ˆ bien toutes ces entreprises : une guerre de religion et le fait quĠelle Žtait femme. Elle Žtai,t comme la famille de son Žpoux, de confession chiite dans un pays o la majoritŽ Žtait sunnite et o on considŽrait les chiites comme des agent-e-s du Caire. En tant que femme, si elle pouvait rŽgner, il lui Žtait interdit dĠtre cheffe des armŽes.

A la mort de son Žpoux, elle proposa dĠtre rŽgente pour son fils Ali qui avait huit ans. Ce fut acceptŽ par le calife fatimide mais lĠun des cousins ŽloignŽs de son dŽfunt mari avait dĠautres plans. Il la demanda en mariage, ce quĠelle refusa plusieurs fois avant de dire oui sur lĠordre du calife et en Žchange dĠune grosse dot. Mais quand le fiancŽ arriva devant le ch‰teau, il le trouva forclos. Il en fit donc le sige pendant un mois utilisant lĠargent de la dot dĠArwaa pour payer la nourriture des troupes assiŽgeantes. Il lui Žcrivit de le laisser entrer une seule nuit afin de ne pas perdre la face. Elle accepta mais substitua une servante ˆ elle-mme dans le lit conjugal. Elle prendra prŽtexte de cela pour dire quĠil la trompait et ne voulait pas dĠelle pour Žpouse. HumiliŽ, Saba ne revit jamais la reine, il devint le gŽnŽral des armŽes mais elle garda la conduite des affaires du royaume.Avec lĠ‰ge, Arwaa dut se fier de plus en plus aux vizirs. Elle fit appel ˆ la cour du Caire pour lui envoyer un homme de confiance qui devint son bras droit. Il travailla ˆ rŽtablir lĠautoritŽ de la reine et fut aimŽ du peuple. Mais on lĠaccusa faussement de sĠtre immiscŽ dans les affaires de succession et la reine dut le renvoyer au Caire. La sentant affaiblie par lĠ‰ge et les querelles internes, le nouveau calife du Caire voulut annexer le royaume du YŽmen. Il dŽcouvrit rapidement que la reine Žtait trs aimŽe et que ses sujet-te-s refusaient dĠtre gouvernŽ-e-s par une autre personne. Il dut donc repartir, vaincu par le peuple et lĠarmŽe.

La reine Arwaa mourut de cause naturelle en 1137 et fut enterrŽe dans la mosquŽe quĠelle avait commanditŽe.

ThŽrse Moreau