Alice Rivaz : si proche et si lointaine

 

 

Alice Golay est nŽe le 14 aožt 1901 ˆ Rouvray dans le canton de Vaud. Sa mre Ida Etter (1873-1959), nŽe ˆ Lutry, interrompt son noviciat ˆ Saint Loup aprs avoir rencontrŽ Paul Golay. Ida a ŽtŽ orpheline de pre trs t™t et a dž subvenir ˆ ses besoins en se plaant comme gouvernante dÕenfants en Allemagne et en Grande-Bretagne. Elle utilisera ses connaissances en langues pour donner des leons particulires quand le couple aura besoin dÕargent. Paul Golay (1877-1952) vient de la vallŽe de Joux, il est le cadet de neuf enfants. Lui aussi a eu une Žducation religieuse rigoureuse car sa famille appartient ˆ lÕEglise libre issue de lÕEglise du RŽveil. Le couple partagera donc au dŽpart les mmes valeurs Žducatives et religieuses. Paul est instituteur ce qui est pour les deux une promotion sociale. En 1904, Paul est nommŽ ˆ Clarens, Žpoque qui sera ŽvoquŽe par lՎcrivaine Alice Rivaz dans LÕAlphabet du matin (1968). Ida qui craint que les idŽes politiques de son mari ne leur nuisent, travaille alors comme greffire au Tribunal de Montreux.

De plus en plus proche des socialistes, Paul Golay rompt avec le christianisme en 1906, abandonne la  sŽcuritŽ de son emploi pour devenir en 1910 le rŽdacteur de lÕhebdomadaire socialiste Le GrutlŽen, il sera Žlu au Grand Conseil vaudois en 1917 et au Conseil national en 1952. La famille a donc dŽmŽnagŽ ˆ Lausanne pour les besoins de lÕengagement de Paul car si le couple se dŽchire sur la manire dÕarriver ˆ un monde plus juste, Ida et Paul partagent les mmes idŽes sociales et humanitaires. Alice, quant ˆ elle, frŽquente lÕEcole supŽrieure de jeunes filles de Villamont. Elle a ŽtŽ sensibilisŽe ˆ la misre du monde par sa mre, partage les idŽes de son pre. CÕest pourquoi elle adhre aux Jeunesses socialistes ˆ lՉge de 14 ans, embrasse lÕantimilitarisme de son pre et, ˆ 16 ans, refuse de prononcer la confirmation de son baptme.

Un pre ĒrougeČ fut aussi un handicap social. CÕest ainsi quÕelle ne pourra pas tre institutrice, comme lÕaurait voulu son pre, car le directeur de lÕEcole normale dit ne pas avoir de place pour lÕinscrire. Elle fera donc le conservatoire de musique ce qui correspond plus ˆ ses propres gožts. Elle a ˆ 13 ans convaincu ses parents de lui offrir un piano, cet instrument sera lÕune des grandes passions de  sa vie mais elle ne pourra pas en faire son gagne-pain. Ceci au grand bonheur de sa mre qui voit en la professeure de piano une future condamnŽe ˆ Ērester vieille filleČ. Son pre qui voit pratique, lui conseille donc de faire  lՎcole de stŽnodactylographie Underwood. Elle obtient son dipl™me en 1921, passe une annŽe en Allemagne pour se perfectionner dans la langue.
Elle se prŽsente au concours du Bureau International du Travail (BIT) o elle est admise en 1924 et o elle fera toute sa carrire. Elle refuse une deuxime proposition de mariage et reste cŽlibataire. Elle dira dans ses Ļuvres que les disputes du couple parental lÕavaient convaincue de lÕimpossibilitŽ de vivre harmonieusement et heureusement en couple. Cela aura un retentissement dans ses Ļuvres et en particulier dans La Paix des ruches (1947) o, tout en dŽnonant les inŽgalitŽs entre femmes et hommes, lÕapartheid sexuel semble tre lÕunique solution.

En 1931, Alice dŽmŽnage dans un deux pices au 5 Avenue Weber ˆ Genve, sa mre  lÕy rejoindra ˆ la mort de Paul Golay et y restera jusquՈ sa mort. A la  mort dÕIda, Alice prend une retraite anticipŽe du BIT pour se consacrer toute entire ˆ lՎcriture, la musique et la peinture.

Alice Rivaz – elle prend comme nombre de ses consoeurs un pseudonyme pour ne pas gner la famille – Žcrivait depuis longtemps. Elle publie Nuages dans la main en 1940 sous la recommandation de Ramuz, reoit le prix Schiller en 1942 . Elle Žcrira jusquՈ sa mort. Dans ses ouvrages elle dŽnonce lÕinfŽrioritŽ du statut social des femmes, lÕabsence de partage mais surtout de respect pour les travaux mŽnagers dans le couple, le manque de solidaritŽ des classes possŽdantes, le malheur des Ēpetites gensČ tout en refusant de faire entrer lÕHistoire dans le rŽcit. Pourtant sa dŽmarche nÕest pas  ahistorique car elle sÕinscrit dans le rŽcit de la vie ordinaire et des t‰ches quotidiennes des femmes. Elle fut en Suisse romande une prŽcurseuse du temps des femmes. La lire ou la relire nous rattache au passŽ mais nous lie aussi avec toutes les autrices venues aprs elle pour qui elle fut une inspiration.

© ThŽrse Moreau, 2007.

 

 

 

Bibliographie

Cendres, R. Julliard, 1943.

Jean-Georges Lossier, PoŽsie et vie intŽrieure, Ed. universitaires, Fribourg, 1985.

 Nuages dans la main, roman, Guilde du Livre, Lausanne, 1940; Julliard, Paris, 1943; L'Aire, Lausanne, 1987.

 De mŽmoire et d'oubli, L'Aire, 1973 et 1993.

 Comme le sable, roman, Julliard, Paris, 1946; L'Aire, 1996.

 L'homme et son enfant ; Sans alcool ; Le canari, postface de Franoise Fornerod, portrait d'Alice Rivaz par Yvonne Bšhler, Editions ZoŽ, 1996.

 Jette ton pain, Bertil Galland, Vevey, 1979; L'Aire, 1997.

 Ce nom qui n'est pas le mien, ibid., 1980; L'Aire, 1998.

 Sans alcool, nouvelles, La Baconnire, Boudry, 1961; ZoŽ, Genve, 1998.

 Traces de vie, journal, ibid., 1983; Editions de l'Aire, 1998.

 Le Creux de la vague, roman, L'Aire/Rencontre, 1967; L'Aire bleue, 1999.

La Paix des ruches, LUF, Paris et Fribourg, 1947; Poche suisse, 1984, L'Aire bleue 1999.

 Comptez vos jours, Corti, Paris, 1966; Poche suisse, 1984; L'Aire bleue 2000.

 Alice Rivaz... et C.F. Ramuz, Archives littŽraires suisses, 2001.

 Creuser des puits dans le dŽsert : lettres ˆ Jean-Claude et Paule Fontanet, Žd. Žtablie et annotŽe par Franoise Fornerod et Jean-Claude Fontanet, Editions ZoŽ, 2001.

 L'Alphabet du matin, ibid., 1968; L'Aire, 2002.

 Pierre Girard / Alice Rivaz : Les enveloppes bleues. Correspondance 1944-51, texte Žtabli et annotŽ par Daniel Maggetti et CŽcile Fornerod, Genve, ZoŽ, 2005.