RŽsiste ! É On conna”t la chansonÉ

 

 

Nicole Ruchti-Allaman a fait para”tre RŽsister ou dispara”tre[1], Nicole est une amie de longue date. Je lĠai connue avant sa maladie gr‰ce au comitŽ de Femmes Suisses, jĠai suivi, participŽ( un peu ?) ˆ son combat aprs que la maladie lĠeut paralysŽe. Je ne saurai donc tre totalement objective non sur la valeur de lĠouvrage mais sur sa vie. Mais je demeure ŽtonnŽe devant sa force de caractre, son Žnergie, son humour et sa patience. Ce sont des qualitŽs dont elle a certes eu besoin, dont elle aura encore besoin pour faire face ˆ un monde dĠindiffŽrent-e-s et de bien-portant-e-s.

Nicole nous raconte sa maladie sans jamais se dŽsoler sur elle-mme. Oui, elle a pleurŽ et lui arrive encore de pleurer de chagrin et de douleur. Elle ne sĠen cache pas, mais elle nous prend surtout par la main pour nous montrer combien vivre avec un handicap peut tre difficile quand les autres se montrent insensibles. De lĠinfirmire de nuit ˆ qui elle demande de lĠaider et qui lui rŽpond :ÒVous ne pouvez pas vous dŽplacer toute seule ? QuĠest-ce qui se passe ?Ó alors que Nicole est littŽralement en train de sĠŽcrouler, jusquĠˆ ses collgues qui utilisent les toilettes pour handicapŽ-e-s parce que ÒcĠest plus spacieuxÓ ou lĠapostrophent en lui disant : ÒQuel privilge dĠavoir un WC pour vous seule!Ó On ne parlera pas de celles et ceux qui garent leur voiture sur les places rŽservŽes aux handicapŽ-e-s, des ascenseurs trop Žtroit pour admettre une chaise roulante, des immeubles publics ou privŽs difficiles voire impossibles dĠaccs. Mais on sĠŽtonnera des propos dŽsolants du directeur des bains de Saillon, des gens de lĠAI, de la notion de couple fluctuante selon la loi mais toujours en dŽfaveur des gens vivant sans le bŽnŽfice du mariage lŽgal. Quant ˆ la sŽance de conciliation avant le divorce, cĠest un chef dĠÏuvre de burlesque, et on aimerait que les protagonistes sĠy reconnaissent et comprennent la leon. Demander : ÒVous ne pouvez pas quitter votre chaise et vous levez ?Ó quand tout a ŽtŽ expliquŽ au tŽlŽphone, cĠest nier celle qui est devant soi ; continuer : ÒCĠest navrant, a nous aurait arrangŽ. On ne peut pas vous porter non plus!Ó CĠest insulter lĠautre et tre si Žgocentrique que rien ne compte que soi mme ; ajouter : Ò Et juste quelques pas si on vous donne le bras ? Vous ne voulez pas essayer?Ó CĠest renvoyer la maladie en pleine figure, dŽtruire lĠautre. On en fondrait de rire si on nĠavait pas peur dĠen pleurer. Heureusement il y a Francis, son compagnon, les professionnel-le-s, celles et ceux qui la soutiennent dans sa volontŽ de remarcher, de vivre pleinement avec son handicap.

Un livre tonique, intelligent, heureux aussi, qui sait trouver le ton juste pour poser de graves et tragiques questions. A offrir aux autoritŽs, aux ami-e-s, ˆ la famille. A faire lire, ˆ lire au corps mŽdical, aux fonctionnaires de lĠAI et autres institutions, ˆ tous ceux et celles qui pensent que cela nĠarrive quĠaux autres.

 

ThŽrse Moreau

 

 



[1] Nicole Ruchti-Allaman, RŽsister ou dispara”tre : Vivre le handicap au quotidien, Lausanne, Editions DĠen Bas, 2002, pp.190, postface de BŽatrice Despland.