LA TENTATION IDENTITAIRE

 

 

 

Me voici ˆ nouveau sommŽe de dŽcliner mon identitŽ, de dire ce qui fait de moi ce que je suis, pourquoi et comment je suis Franaise. Avant-hier les Etats-Unis, hier la Suisse, aujourdĠhui la France. Etre est bien alŽatoire et je me cherche en vain une dŽfinition. Cette question Žternelle ˆ laquelle je croyais avoir un jour rŽpondu[1]: Ç Nom, prŽnom, origineÈ mais non, il me faut encore et toujours tre clouŽe sur un carton ou plut™t sur une carte en plastique format carte de crŽdit. Toute dŽmarche dĠidentification me para”t une violence, que celle-ci soit domestique ou Žtatique. Comme sĠil Žtait possible de rŽpondre ˆ cette triple Žnigme (nom, prŽnom, origine) par une simple affirmation. Aux Etats-Unis jĠaurais dž, puisque je nĠy Žtais pas nŽe, passer un examen pour montrer que je savais lire, moi qui enseignais dans une universitŽ de lĠEtat, jurer de ne pas tuer le prŽsident - privilge et monopole des Etasuniens de souche-, conna”tre toute lĠhistoire et la gŽographie alors que celles-ci sont ignorŽes des natives et surtout renoncer ˆ la France et ˆ ses fastes. On ne saurait avoir plusieurs dŽesses ou dieux. En Suisse, pour tre bourgeoise (!) de ma commune il aurait fallu que je connaisse une fois encore lĠhistoire et la gŽographie du lieu, le nom des rues et le pourquoi de ces noms. Le droit du sang aurait fait que mme nŽ-e ici, je serais Žtrangre ; ainsi sĠexplique le nombre dĠŽtrangres en Suisse. Ce nĠest pas que la Suisse soit plus accueillante mais les enfants dĠimmigrŽ-e-s y restent des Žtrangres et des Žtrangers. Mais pour la France, quĠest-ce que faire partie de la nation, quĠtre Franais-e ? Si on en reste aux dŽfinitions du dictionnaire on nage dans la tautologie. CĠest ˆ un voyage au delˆ du miroir auquel nous sommes invitŽ-e-s puisque lĠidentitŽ cĠest 1) le caractre de deux choses identiques ; 2) le caractre de ce qui est un ; 3) le caractre de ce qui demeure identique ˆ soi-mme ; 4) la relation entre deux termes identiques, alors que lĠadjectif nationale renvoie ˆ ce qui appartient ˆ une nation, ce qui a pour objet une nation, particulirement celle ˆ laquelle on appartient. LĠidentitŽ nationale aurait ceci de singulier dĠtre faite dĠtres uniques et dissemblables se ressemblant tous. LĠaccent est mis une fois encore non sur la libertŽ ou lĠŽgalitŽ mais sur la fraternitŽ. CĠest une vieille tentation que de vouloir une nation franaise faite de jumeaux et de clones. Michelet, entre autres, en rvait.

 

Que dit la Loi ?

 

Etre Franais-e, cĠest (article 8.2 juillet 1893) tre nŽ-e en France que ce soit de parents franais ou Žtrangers. La gŽographie, son savoir seraient donc dŽterminants. QuĠest-ce que gŽographiquement la France ? Quelles sont ses frontires ? Sont-elles, furent-elles immuables ? Moi, si lĠon y songe, suis-je bien Franaise ? Je suis nŽe ˆ Paris. En 1943 Paris Žtait-il rŽellement la France ? NĠŽtait-ce pas un Paris occupŽ, annexŽ au Troisime Reich ? De plus la citŽ universitaire o je suis nŽe Žtait elle-mme sous occupation allemande. JĠaurais pu na”tre et vivre Allemande si la guerre en avait dŽcidŽ ainsi.

Par ailleurs, jĠai quittŽ la France ˆ vingt ans, jĠai ŽpousŽ un Etasunien, vŽcu la majeure partie de ma vie en terres Žtrangres. Terres o, aprs quelques annŽes, je me suis sentie, non comme chez moi, mais partie prenante du pays. Il suffit que je retourne aux Etats-Unis et que jĠy reste quelques jours pour que tout me soit ˆ nouveau familier, aisŽ, comprŽhensible. Lˆ-bas cĠest lĠinquiŽtante familiaritŽ alors quĠen France nombre de choses me paraissent anormales. Je me sens autant en exil en France quĠen Suisse ou aux Etats-Unis. JĠexerce ˆ Pully mon droit de vote communal suisse et aspire ˆ ce que les Žtrangres et Žtrangers aient le droit de vote cantonal. Oui, je vote aussi en France dans le village de mes parents mais ce parcours me rend-il plus Franaise que celles et ceux qui sont arrivŽs enfants avec des parents invitŽ-e-s ˆ venir vivre et travailler en France ? Est-ce parce que je suis blonde aux yeux bleux que personne ne me dŽnie la lŽgitimitŽ qui nĠest que rarement accordŽe aux francais-es dĠOutre-mer ? Dans aucun de mes trois pays il ne mĠest demandŽ de prouver ma nationalitŽ, je ne suis pas de celles que lĠon arrte dans la rue et ˆ qui lĠon demande ses papiers. Pourtant au dŽbut du XIXime sicle, jĠaurais ŽtŽ radiŽe de la liste des Franais-es en vertu de la loi. ÇLa qualitŽ de Franais se perdra, 1ier par la naturalisation acquise en pays Žtranger ; 2e par lĠacceptation non autorisŽe par lĠEmpereur de fonctions publiques confŽrŽes par un gouvernement Žtranger ; 3e enfin, par tout Žtablissement fait en pays Žtranger, sans esprit de retourÈ(article 17, dŽcret du 8 mars 1804). Il va de soi quĠŽpouse, jĠaurais perdu ma nationalitŽ sans pouvoir obtenir celle de mon ŽpouxÉ mais veuve jĠeusse retrouvŽ mon bien. Que celles et ceux qui voient ici une parano•a galopante aillent voir les dŽboires de Tatiana de Rosnay[2]. Etre nŽ-e en France ou de parents franais-es ne semble plus tre suffisant pour les administrations tatillonnes. Votre nom de famille, votre religion peuvent vous dŽnoncer comme pas vraiment identique ˆ lĠidentitŽ nationale. A lĠune on demandera un certificat de mariage religieux, ˆ lĠautre on reprochera dĠtre nŽ-e sur sol Žtranger bien que de parent-e-s franais-e comme si on choisissait son lieu de naissance.

La gŽographie pour toute nŽcessaire quĠelle est ne saurait donc rŽsoudre mon problme dĠidentitŽ nationale.

 

Appartenir ˆ la communautŽ franaise, cĠest parler franais, ce sont la langue et la littŽrature.

Je pourrais presque adhŽrer ˆ cela. Oui, jĠaime la langue franaise, mais si jĠy rŽflŽchis bien pas plus que lĠanglais ou lĠamŽricain que je parle couramment. Parler franais certes nous dŽfinit en tant que groupe, mais alors la Suisse romande devrait tre franaise, tout comme la Belgique, certaines parties du Canada, le QuŽbec et les autres pays francophones. Nous pourrions arguer que les diffŽrences linguistiques sont telles que chaque pays est une entitŽ ˆ part, mais ne pourrions-nous pas dire la mme chose des provinces franaises et des divers parlers locaux ? Il existerait une spŽcificitŽ franaise en ce qui concerne la littŽrature et les arts. Etre Franais-e cĠest lire et aimer La Princesse de Clves, A la Recherche du temps perdu, Rabelais, Molire, Victor Hugo, Madame de SŽvignŽ, Marguerite Yourcenar É Car, dit lĠactuel prŽsident ÇLa France est une nation littŽraire... N'est-ce pas au fond en entendant un vers de Racine ou de Baudelaire ou en lisant une page des MisŽrables que nous nous sentons le plus Franais ? Dans quel autre pays au monde un tel miracle serait-il possible ?È Mais nĠest-ce pas un dŽputŽ de sa majoritŽ , un ancien ministre qui rve dĠŽcrivain-e-s ˆ la botte du pouvoir? Ecrire quĠ Ç une personnalitŽ qui dŽfend les couleurs littŽraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect ˆ l'Žgard de nos institutions, plus de respecter le r™le et le symbole qu'elle reprŽsente.[3] È Demander que Marie Ndiaye soit soumise ˆ un droit de rŽserve, cĠest penser que Molire, Voltaire, Malraux furent de mauvais Franais et affirmer que lĠexil de Victor Hugo tŽmoignait dĠune absence de conscience de ce que doit tre la dŽmocratie franaise. CĠest croire que lĠon a bien fait de guillotiner Olympe de Gouges, de fustiger Flora Tristan ou la journaliste dreyfusarde Marguerite Durand.

Mais nombre de personnes nŽes ailleurs ne font-elles pas le prestige de la langue franaise. Elles connaissent souvent mieux que nous, autochtones, la littŽrature et les arts, Žcrivent dans un franais plus pur. JĠen veux pour exemple mon Žpoux Žtasunien. NĠŽtait-il pas plus passionnŽ de franais que moi ? Ne fit-il pas beaucoup pour le renom de la littŽrature mŽdiŽvale ? Ne forma-t-il pas ˆ lĠuniversitŽ de Lausanne nombre dĠŽtudiant-e-s ˆ cet amour ? CĠest lui qui voulut quitter le continent amŽricain pour vivre dans un pays francophone. Ne mŽritait-il pas plus que moi dĠtre Franais car jĠai lĠamour de la littŽrature anglo-saxonne, je me dŽlecte des sÏurs Bront‘, de Lewis Carroll, de Toni Morrisson, Je pense aussi ˆ cette grande autrice du XVe sicle, Christine de Pizan, qui voulut rendre ˆ la France les bienfaits quĠelle avait reus en Žcrivant en franais, et ˆ toutes ces chercheuses Žtrangres, tous ces chercheurs Žtrangers qui firent, font encore sa rŽputation mondiale alors quĠen France ses Ïuvres ne sont pas toutes publiŽes. Et si cĠest Žcrire en franais, alors nombre de professeur-e-s de par le monde peuvent revendiquer la nationalitŽ franaise. Beckett, Ionesco nĠŽtaient-ils pas des Žtrangers ? A ce compte lˆ, Jonathan Littll ne devrait-il pas avoir la nationalitŽ franaise et nombre de pseudo Žcrivain-e-s ne devraient-elles, ils pas tre dŽchu-e-s de leur nationalitŽ pour massacre de la langue ? Allons-nous annexer toutes les littŽratures francophones ? QuoiqueÉ Dans ma jeunesse cĠest un peu ce que lĠon faisait puisquĠil y avait le gŽnie franais et le gŽnie universel qui aurait mŽritŽ dĠtre franaisÉ

 

La France ce sont ses symboles.

 

Le drapeau : autant agiter un chiffon rougeÉ Le drapeau comme lĠuniforme avait pour fonction premire de permettre de distinguer ceux quĠil fallait tuer des autres. On le voit surtout dans les manifestations sportives qui sont une bataille parfois plus civilisŽe que celles du champ. Respecter le drapeau, mettre sa main sur son cÏur me rappelle les Etats-Unis de la guerre du Vietnam quand il fallait aimer tout ce que le gouvernement faisait sous peine dĠtre un-e mauvais-e etasunien-ne. Alors que pour moi tre solidaire cĠŽtait aider mes Žtudiants ˆ passer au Canada pour Žchapper ˆ la conscription. CĠŽtait aussi aller avec des ami-e-s tous les jours ˆ lĠŽcole avec nos enfants pour rester assis-e-s pendant le Pledge of allegiance fait debout-e devant le drapeau. Je ne suis dĠaucun drapeau et tant pis si cela fait de moi une mauvaise citoyenne.

La Marseillaise : Au lycŽe, dans les annŽes cinquante, nous Žtions obligŽ-e-s de chanter la Marseillaise lors de la remise des prix. Nous en chantions dŽjˆ de nombreuses parodies. Je ne me reconnais pas dĠune part dans ce patriotisme qui veut que lĠon chante, quĠon se lve lors dĠun chant guerrier. Je reconnais lĠimportance historique de la Marseillaise mais elle nĠa pas toujours ŽtŽ lĠhymne national. Elle ne lĠest devenue quĠen 1795. Les rŽvolutionnaires se dŽfendaient contre les armŽes royalistes. AujourdĠhui qui sont les ennemis dont le sang impur pourrait abreuver nos sillons ? Qui commet des viols de guerre sur le sol franais ? Allons-nous apprendre ˆ des enfants que nous souhaitons europŽen-ne-s, aimant la paix : Ç Que veut cette horde dĠesclaves, de tra”tres [É] Quoi des cohortes Žtrangres feraient la loi dans nos foyers ? [É] Que signifie dĠailleurs le sol franais quand la communautŽ europŽenne est en construction et que les frontires deviennent floues. SĠil me faut chanter la France alors je choisirai Douce France.

 

La France, cĠest un art de vivre

 

La cuisine franaise : que lĠon veut faire dŽclarer patrimoine mondial afin de la protŽger. Oui, il existe une excellente cuisine franaise, mais la France est aussi le pays o il y a le plus de McDo. Tous les restaurants ne sont pas des modles de gastronomie, le personnel devra-t-il lui aussi tre dŽchu de sa nationalitŽ ? La grande cuisine franaise comme la familiale est pratiquŽe ailleurs que dans lĠhexagone, cĠest donc un critre trop flou pour dŽterminer ce que nous sommes intimement. LĠimmigration a enrichi la gastronomie franaise. LĠItalie nous a apportŽ lĠusage de la fourchette. Nous avons depuis le XIXime le service ˆ la russe et non ˆ la franaise. En Suisse lĠidentitŽ nationale passe toujours par la fondue, nous sentons-nous moins franais-e de manger des spaghettis, du couscous, des sushi plut™t que de la tte de veau ou un steak frites ?

Comme Dieu en France, disait-on, car les gens y prenaient le temps de vivre. Je ne sais si ce fut jamais vrai mais aujourdĠhui le ch™mage, la pauvretŽ, la prŽcaritŽ, les burn out, lĠabsence de solidaritŽ ne font pas de la France le paradis et cĠest plus parce quĠailleurs cĠest lĠenfer que lĠimmigration existe. Quant ˆ la France Çmre des artsÈ, sĠil est vrai quĠil y a une certaine exception franaise, ce sont le cinŽma Žtasunien, les feuilletons Žtasuniens qui font flores ˆ c™tŽ dĠŽmissions de tŽlŽrŽalitŽ vulgaires et bien franaises quoique copiŽes de ce qui se fait outre-Atlantique.

Le service public : dans nombre de pays, on envie le service public ˆ la franaise. Des Žcoles maternelles qui ouvrent t™t et prennent de jeunes enfants, des Žtablissements scolaires avec cantine, une poste qui fonctionne Žgalement pour tous et toutes, des chemins de fer qui fonctionnent, une aviation nationale qui permet de se rendre sur le territoire franais sans trop dŽpenser, des fonctionnaires attachŽs ˆ lĠEtat et non au gouvernement. Mais tout cela est mis en cause par le grand dŽmantlement des services et nous risquons ˆ terme dĠavoir les mmes chemins de fer que les Britanniques, une poste a plusieurs vitesses : 1) chre et la lettre arrivera dans un dŽlai dŽcent, 2) moins chre et la lettre arrivera quand elle arrivera 3) encore moins chre et la lettre arrivera ou nĠarrivera pas mais elle aura ŽtŽ postŽe. Quant ˆ lĠŽcole si elle se privatise soit les familles sĠendetteront pour payer de bonnes Žtudes ˆ leurs enfants, soit les enfants iront dans des Žcoles ghettos. Ah, jĠoubliais, ma famille Žtasunienne ne tarit pas dĠŽloges sur le systme de santŽ franais classŽ numŽro un par lĠOrganisation Mondiale de la SantŽ et qui permet ˆ chacun-e de se faire bien soigner. Nombre de ses compatriotes esprent comme elle que le prŽsident Obama pourra faire voter un systme ŽtatiqueÉ

 

 

La France, cĠest la la•citŽ

 

Il y a officiellement rupture entre les religions et lĠEtat. Mais cette la•citŽ est revendiquŽe avant tout vis ˆ vis de la seconde religion en France : lĠislam. Je crois fermement que la religion est et doit tre de lĠordre du privŽ, que tous les signes extŽrieurs de religion sont nŽfastes. Mais si je suis contre le voile, intŽgral ou non, je ne(me) reconnais pas dans celles et ceux qui veulent exclure celles qui le portent de lĠŽcole. Je pense aussi ˆ nos arrire-grand-mres qui ne sortaient pas Çen cheveuxÈ de peur dĠtre prises pour des prostituŽes. Je pense aussi ˆ notre passŽ colonialiste et me dis que plut™t que dĠattaquer nous devrions soutenir celles et ceux qui refusent les signes distinctifs de leur propre religion et qui luttent de lĠintŽrieur pour changer les choses. Et si nous tenons rŽellement ˆ bannir les signes religieux alors interdisons-les tous : plus de croix, plus de kippa, plus de soutanes ou robes de religieuses, plus de col ecclŽsiastique, ayons des jours fŽriŽs la•ques, refusons que le prŽsident de la RŽpublique aille officiellement ˆ la messe, quĠil y fasse le signe de croix, sĠagenouille. SĠil allait ˆ la mosquŽe, suivrait-il religieusement le rite de celle-ci ? Et quĠest-ce que la la•citŽ quand le PrŽsident de la RŽpublique affirme publiquement la supŽrioritŽ du prtre sur les instits dans Çla transmission des valeursÈ ?

 

La France ce sont les droits de la personne

 

France pays des droits de lĠhomme : les gouvernements persistent ˆ parler de droits de lĠhomme pour des raisons dĠhistoricitŽ. La France aurait ŽtŽ le premier pays ˆ penser ces droits et ˆ les penser de faon universelle. Ce qui nĠempcha pas le retour de lĠesclavagisme de 1802 ˆ 1848 ni la colonisation. AujourdĠhui ces droits continuent ˆ tre bafouŽs que ce soit envers des personnes dans des procs civils ou non. Quelques exemples : 1) un arrt du 16 octobre 2008, la Cour europŽenne des droits de lĠhomme a condamnŽ la France pour violation des articles 2 et 3 de la convention europŽenne des droits de lĠhomme, chacun des articles Žtant respectivement relatifs au manquement des autoritŽs franaises ˆ leur obligation de protŽger le droit ˆ la vie dĠun dŽtenu et ˆ lĠinterdiction de traitements inhumains et dŽgradants, 2) pour discrimination, mardi 22 janvier, donnant raison ˆ une Franaise de 45 ans qui se plaignait que sa demande d'agrŽment pour adopter un enfant ait ŽtŽ rejetŽe en raison de son homosexualitŽ. La Cour estime qu'une telle discrimination, relative au respect de la vie privŽe et familiale, ne peut se justifier que par Çdes raisons particulirement graves et convaincantesÈ. ÇOr de telles raisons n'existent pas en l'espce, puisque le droit franais autorise l'adoption d'un enfant par un cŽlibataire, ouvrant ainsi la voie ˆ l'adoption par une personne cŽlibataire homosexuelleÈ, indiquaient les juges. Encore, le 26 avril 2007, dans une dŽcision rendue ˆ lĠunanimitŽ, la Cour europŽenne des droits de lĠhomme (CEDH) a condamnŽ la France pour la faon dont elle renvoie les Žtrangers menacŽs dans leur pays dĠorigine, en exigeant que les personnes susceptibles de voir leur vie ou leur intŽgritŽ menacŽe aient Ç accs ˆ un recours de plein droit suspensif È. Le renvoi de trois Afghans, il y a peu de temps, montre le cas que fait la France de tels jugements. La politique envers les personnes sans abri (je me refuse ˆ dire domicile fixe car la responsabilitŽ me semble alors mise sur lĠindividu qui aurait choisi de ne pas avoir dĠadresse), sans papiers, la manire dont toute personne arrtŽe par la police est coupable tant quĠelle nĠest pas prouvŽe innocente, lĠabsence dĠhabeas corpus, la chasse aux Roms,la culpabilisation de la pauvretŽ, du ch™mage, la discrimination, quĠelle soit envers les jeunes, les pas BBR (bleu, blanc, rouge cĠest-ˆ-dire blanc dĠaprs les sigles utilisŽs par nombre dĠentreprises), les gens ‰gŽs, les personnes handicapŽes, les malades, toute cette politique fait donc que la France dĠaujourdĠhui nĠest pas franaise

Droits des femmes : . en 2008 une Marocaine mariŽe ˆ un Franais et mre de trois enfants nŽ-e-s en France sĠest vu refuser la nationalitŽ franaise car elle Ç a adoptŽ, au nom dĠune pratique radicale de sa religion, un comportement en sociŽtŽ incompatible avec les valeurs essentielles de la communautŽ franaise, et notamment le principe dĠŽgalitŽ des sexesÈ. Pour la commissaire de la rŽpublique, elle mne une vie presque recluse et retranchŽe de la sociŽtŽ franaise. Elle n'a aucune idŽe sur la la•citŽ ou le droit de vote. Elle vit dans la soumission totale aux hommes de sa famille.È Cette femme semblait Çtrouver cela normal et l'idŽe mme de contester cette soumission ne l'effleure mme pasÈ, a ajoutŽ Mme Prada-Bordenave, estimant que ces dŽclarations sont ÇrŽvŽlatrices de l'absence d'adhŽsion ˆ certaines valeurs fondamentales de la sociŽtŽ franaiseÈ. LĠŽgalitŽ femmes hommes et la recherche de paritŽ seraient donc le critre recherchŽ. LĠidentitŽ franaise cĠest cela. Mais alors les partis politiques qui prŽfrent payer une amende plut™t que dĠavoir une liste Žlectorale paritaire ne sont pas franais. Faut-il rappeler que la France est au dix-neuvime rang de lĠUnion EuropŽenne avec 18,5% de femmes ˆ la chambre des dŽputŽ-e-s et 21,9% au sŽnat. Nos instances parlementaires sont incompatibles avec les valeurs de la communautŽ franaise, et notamment le principe dĠŽgalitŽ des sexes. La situation professionnelle non plus nĠest pas compatible avec ces valeurs puisque si les femmes reprŽsentent 47,1 % de la population active, le taux de ch™mage chez elles est de 9,6 % contre 8,1 % pour les hommes. Les femmes reprŽsentent 17.6 % du monde ouvrier, 76,8 % des employŽ-e-s, 49,4 % des professions intermŽdiaires, 37,3 % des cadres supŽrieur-es-et professions intellectuelles et 17,1 % des chef-fe-s d'entreprise de 10 salariŽs et plus. 30,3 % des femmes actives occupent un emploi ˆ temps partiel contre 5,8 % des hommes. La part des femmes sĠy maintient entre 82,1 % et 82 %. Le salaire annuel moyen brut des femmes est infŽrieur ˆ celui des hommes de 18.9 % dans le secteur privŽ et semi-public, 37% infŽrieur si on intgre les heures des temps partiels. En 2004, les retraitŽes ‰gŽes de 60 ans ont 1020 euros mensuels, disposant ainsi d'un montant infŽrieur de 38 % ˆ celui des hommes (1636 euros)[4]. Tous ces indices nous montrent que lĠŽgalitŽ entre femmes et hommes est au pire un leurre, au mieux une musique dĠavenir.

Le ministre du travail lorsquĠil dŽclare ˆ Madame Figaro : ÇPlus que l'ŽgalitŽ, je veux l'ŽquitŽ -pas seulement dans les conseils d'administration-, pour que les sexes soient rŽpartis ˆ due proportion de leur reprŽsentation dans l'entreprise. Lˆ o l'on compte 60% de femmes cadres supŽrieurs, on doit retrouver peu ou prou ce score dans le top management de l'entreprise. On ne peut pas exiger le mme chiffre du BTP ou de l'industrie cosmŽtique. Je veux du cousu main. È fait preuve et de mauvaise volontŽ et de machisme. Il conforte lĠidŽe que la technique, les sciences dures ne sont pas pour les femmes qui doivent se cantonner dans le cosmŽtique voire lĠalimentaire. Est-il encore Franais ?

Le ministre est en parfait accord avec les chiffres actuels puisque si les filles sont plus nombreuses (82%) que les garons (77%) dans lĠenseignement supŽrieur, la diffŽrence est plus marquŽe pour la filire technologique que pour la filire gŽnŽrale. ÇLes garons, plus souvent dotŽs dĠun baccalaurŽat scientifique, sĠorientent deux fois plus souvent que les filles vers les classes prŽparatoires aux grandes Žcoles. LorsquĠils proviennent des filires technologiques, prs des deux tiers des garons privilŽgient les filires ˆ finalitŽ professionnelle (IUT et STS), contre moins de la moitiŽ des filles. En revanche, les filles, quĠelles soient issues de lĠenseignement gŽnŽral ou de lĠenseignement technologique, sĠorientent plus frŽquemment que les garons vers lĠenseignement universitaire. Au sein de lĠuniversitŽ, les filles se retrouvent majoritaires dans les disciplines littŽraires et minoritaires dans les disciplines scientifiques : elles reprŽsentent 74 % des Žtudiants en langues, 73 % en lettres, sciences du langage et arts, 34 % en sciences, 19 % en sciences et technologie. Enfin, sĠagissant des filires souvent considŽrŽes comme les plus prestigieuses, les filles ne reprŽsentent que 23 % des effectifs des grandes Žcoles dĠingŽnieurs .È[5]? Les filles, en 2004, reprŽsentaient 56,4% des effectifs universitaires, 39,5 % des effectifs des IUT, 42.0 % des classes prŽparatoires aux grandes Žcoles et 25 % des Žcoles d'ingŽnieurs. Ces institutions sont-elles dignes dĠtre franaises ?

Une femme dŽcde tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Un homme dŽcde tous les treize jours, victime de sa compagne. Parmi les femmes responsables de morts violentes, une femme sur deux subissait des violences contre un homme sur quinze. Ces assassin-e-s ne devraient-elles pas, ne devraient-ils pas tre dŽchu-e-s de la nationalitŽ franaise car nous ne saurions reconna”tre comme identique celle ou celui qui bat, tue celle ou celui quĠon a promis dĠaimer et de protŽger. 

LĠŽgalitŽ cĠest aussi le partage des t‰ches or en France, la dernire Žtude Ipsos (02/2008) montre que les femmes continuent ˆ tre des esclaves domestiques. Dans 94% des couples, elles grent le lavage du linge, et aussi le repassage (79%) la vaisselle (81%). Les hommes, eux, aident de temps en temps sur certaines t‰ches (descendre les poubelles, par exemple) mais refusent en gŽnŽral fermement de repasser ou de nettoyer les sols. Quand aux soins aux enfants, il va de soi que mme pŽdŽgre, ingŽnieure ou actrice elle est mre alors que seul 2 % des pres sĠinvestissent dans les soins dits maternels. Devrions-nous donc dŽclarer la majoritŽ des femmes et hommes nŽs en France, vivant en France comme Žtant incompatible avec lĠidentitŽ Çfranaise, et notamment le principe dĠŽgalitŽ des sexesÈ et ces femmes qui pour la plupart du temps excusent leur conjoint, ne le mettent pas en cause semblant Çtrouver cela normal et l'idŽe mme de contester cette soumission ne l[es] effleure mme pasÈ, leur conduite est-elle ÇrŽvŽlatrice[s] de l'absence d'adhŽsion ˆ certaines valeurs fondamentales de la sociŽtŽ franaiseÈ ?

 

 

Si la nationalitŽ franaise sĠobtenait au mŽrite, le nombre des Žlu-e-s serait petit, bien petit. Alors mieux vaut penser quĠtre Franais-e relve du hasard, des alŽas de la vie et de la nŽcessitŽ. Qui se sent Franais-e lĠest o quĠelle ou il soit nŽ . Cela ne devrait tre quĠun ŽlŽment parmi dĠautres, on na”t Franais-e comme on na”t Breton-ne ou ˆ Marseille. Certes nous avons une langue commune mais nous la partageons aussi avec dĠautres. Nous sommes avant tout et surtout des tres humains . Et si les valeurs portŽes par la France sont bien des valeurs universelles alors il ne saurait y avoir dĠidentitŽ nationale. Poser ˆ ses concitoyen-ne-s la question de lĠidentitŽ nationale me semble un appel au tri, ˆ la dŽlation. Car une fois que lĠon a dŽfini les critres dĠune identitŽ nationale, il faut trier le bon grain de lĠivraie. Qui mŽritera alors dĠtre Franais-e ? Qui sera une bonne Franaise ou un bon Franais ? Qui dŽfinira les critres ? Peut-on les dŽfinir ? Il me semble avoir montrŽ que non. Est Franais-e qui se sent Franais-e avec amour, nostalgie, haine ou colre, quelle que soit sa religion, son appartenance politique, la couleur de sa peau. Quant ˆ moi, si je suis de citoyennetŽ franaise lĠexil est mon royaumeÉ ma rŽpublique ?

 

ThŽrse Moreau, Žcrivaine vivant en Suisse Romande

Pully, le 20 novembre 2009

İ ThŽrse Moreau, 2009 (All rights reserved)

 

 



[1] Voir Home Swiss home, http://homepage.hispeed.ch/theresemoreau/

[2] Voir le tŽmoignage de la romancire dans Rue89 (www.rue89.com) le 14 octobre 2009. Elle nĠest pas la seule ˆ avoir ŽtŽ prise dans les filets kafkaesques de lĠadministration. On trouvera nombre de tŽmoignages dans des journaux comme Marianne ou LibŽration.

[3] Lettre du dŽputŽ Eric Raoul au ministre de la culture,

[4] Voir Observatoire de la paritŽ. (Source : INSEE 2007) ; voir Žgalement sur le site du ministre du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidaritŽ et de la ville le document Les Chiffres clŽs de lĠŽgalitŽ entre femmes et hommes 2008

[5] Voir lĠINSE, http://www.statapprendre.education.fr/insee/par/education/filieres_sup.htm