Concert
Concert
Pour la venue d'une petite formation constituée sous le nom de DUKE'S BEST FORMATION, Jazz in Yverdon avait choisi le dimanche
après-midi du 20 octobre. Formule sympathique, puisqu'elle se déroulait en fin de week-end dominical. Et puis,
l'orchestre proposé avait fort belle allure sur le papier. A la trompette, ROLF ERICSON, au trombone BRITT WOODMAN, au saxophone
alto NORRIS TURNEY, au piano WILD BILL DAVIS, à la contrebasse JIMMY WOODE, tous ayant accompli nombre d'années au sein du
grand orchestre du Duke. Le clarinettiste Jimmy Hamilton, autre Ellingtonien, devait être de la partie. Malade, il a du céder
sa place à DICK HEYFER, au saxophone ténor, un habitué des big bands. Ce dernier, ainsi que le batteur, BUTCH BALLARD et la
chanteuse SANDY GRAHAM étaient les seuls à n'avoir pas figuré au sein de cet orchestre prestigieux. Et le public est accouru
en nombre pour fêter cet événement.
Las! Il a fallu vite déchanter en voyant apparaître Jimmy Woode, dans un état éthyllique plus qu'avancé, pour s'emparer du micro
et tenir des propos aussi longs et ennuyeux que ses solos de basse. Une première partie, très courte, mais entrecoupées de
propos
avinés incohérents, avait eu le don de mettre en boule ses collègues musiciens.
Heureusement, la seconde partie a permis de rétablir quelque peu l'équilibre, le trublion ayant mis de l'eau dans son vin. Elle
mit en valeur une révélation pour beaucoup, la chanteuse Sandy Graham. Fort agréable à regarder, elle puise ses sources chez les
plus grandes.Ses interprétations de "Lush Life", un thème pourtant peu facile à digérer, ou ses interventions sur "Mood Indigo"
ont permis de se rendre compte de ses qualités. Norris Turney, jouant un "Do Nothing Till You hear From Me" de fort belle
facture, Rolf Ericson, maîtrisant "In A Sentimental Mood", Wild Bill Davis, à l'aise sur "Passion Flower", Britt Woodman,
dans "Mood Indigo" et Dick Heyfer, qui n'étaient pas en reste, nous ont tout de même permis de passer d'agréables moments.
Et Butch Ballard, batteur efficace de 73 ans, au faciès quasi asiatique, a propulsé tout ce petit monde avec bonheur,
se montrant
soliste inventif sur "Caravan"..
Tous ces solistes n'ont guère eu la tâche facilitée par leur collègue encombrant. Mais ils ont démontré à l'évidence qu'ils
demeuraient toujours des musiciens de premier plan. Que l'on aurait aimé apprécier dans des conditions idéales. Hélas, il en
va ainsi. Ce sont les aléas des tournées et les organisateurs n'y peuvent rien...
26 mars 1991
Ray BRYANT
piano solo
L'épreuve du piano solo n'est pas
donnée à tout le monde. Nombre de musiciens s'y sont cassés les dents, le manque de soutien
rythmique étant évident chez des solistes ne possédant pas les qualités requises pour ce genre d'exercice. RAY BRYANT, pour sa part,
n'a jamais connu ce genre de problème. Depuis moult années, il se présente seul devant son clavier. Sa superbe main gauche fait
sonner les basses de manière impressionnante, alors que la droite exécute des broderies tout en finesse ou des figures au swing remarquables.
Né le 24 décembre 1931 à Philadelphie, ce musicien, bientôt sexagénaire, a très vite fait montre de qualités évidentes, Ce qui
lui a valu de figurer dans de nombreuses formations aux styles très divers, dans lesquelles il a fait mieux que s'adapter.
Pour cette soirée, suivie par un public accouru en nombre de tous les coins de la Romandie, Ray BRYANT n'a pas failli à sa
réputation. Dans une forme superbe, il s'est montré absolument éblouissant. Il faut souligner qu'il bénéficiait d'un instrument
lui convenant à merveille et d'une sonorisation réellement parfaite. Rarement, on a entendu sa main gauche faire sonner les basses
de pareille manière.
Certes, on objectera que son répertoire ne varie guère d'une prestation à l'autre. Mais, quel plaisir de réentendre des thèmes
comme
"Take the A Train" ou "Liebestraum", pris en boogie.
Et de redécouvrir d'autres morceaux, car on oublie souvent que le soliste se double d'un prolifique compositeur, tels que
"In De Back Room" et autres "Gotta Travel On". En résumé, ce fut une soirée en tous points dignes d'éloges, marquées par de
véritables joyaux, comme cette superbe version d'"After Hours".
Et tous ceux qui ont fait fête à ce musicien de qualité, et qui avaient choisi de rallier la cité du Nord vaudois sous une pluie
continue n'auront certainement pas regretté leur déplacement!
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DUKE'S BEST FOMATION
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with
Rolf Ericson, - Britt Woodman, tb. - Dick Heyfer, ts - Norris Turney, as - Wild Bill Davis, p -
Jimmy Woode, b - Butch Ballard, dm - Sandy Graham, vocal.
Yverdon, le 20 octobre 1991

Concert
Yverdon, le 19 juin 1992
Keith NICHOLS et les DRY THROAT FELLOWS.
On connaissait les DRY THROAT FIVE - Les cinq gosiers secs -, cette contraction du grand orchestre des
Louisiana Dandies, composée de ce véritable Protée de la musique qu'est RENE HAGMANN, à l'aise sur n'importe quel instrument;
de BERTRAND NEYROUD, clarinettiste et saxophoniste de talent; de PAM, PIERRE-ALAIN MARET, le banjoïste au tempo et au faciès
imperturbables; de MICHEL RUDAZ, qui prouve que le tuba peut être également un instrument mélodique, et de RAYMOND GRAISIER,
qui assure le rythme sur son washboard tout en amusant la galerie et en se montrant vibraphoniste intéressant. Maintenant,
depuis que JACQUES DUCROT, clarinettiste, saxophoniste et chanteur, est venu grossir ses rangs, le combo se nomme
DRY THROAT FELLOWS. De passage sur la scène du Théâtre d'Yverdon en ce vendredi 19 juin, cette petite troupe s'était enrichie
de la présence du pianiste anglais KEITH NICHOLS, pour une soirée placée avant tout sous le signe du jazz des années vingt.
Ce fut un grand moment de bonne humeur, de joie de vivre, une véritable pinte de bon sang! Quelle performance, quelle mise au
point et quel travail pour produire un résultat aussi remarquable! René Hagmann est un perfectionniste qui exige le maximum de
ses partenaires. Quelle joie de réentendre les thèmes chers à Jimmy Noone, tel cet "Apex Blues" ou ce "I Know That You Know", où
la clarinette de Bertrand Neyroud a fait merveille, ou ce "Red River Blues" avec un solo de cornet de René Hagmann d'une superbe
facture, souligné par le travail remarquable de Michel Rudaz. Ou encore ce "Sweet Sue", chanté par le crooner Jacques Ducrot.
Ou cette version inénarrable de "Handful Of Keys" où Keith Nichols et Bertrand Neyroud se sont amusés comme des petits fous en se
succédant au piano. En fait, ce fut une succession de petits bijoux présentés par René Hagmann, toujours aussi souriant et modeste.
Et puis, il y avait le pianiste Keith Nichols. S'il a tenu sa partie avec bonheur dans les ensembles en prenant, de temps en
temps, de courts solos, on eût aimé qu'on lui accorde un peu de place dans la soirée. Un hommage en solo à Fats Waller, un autre
dédié à James P. Johnson ont permis de se rendre des qualités de cet artiste qui se produisait pour la première fois dans notre
région. Raison pour laquelle on aurait souhaité l'entendre plus longuement.
Mais, ceci n'est qu'un détail dans une soirée qui fut une réussite à tous les points de vue. Dans une ambiance cabaret, fort
appropriée pour ce genre de musique, suivie par un public très réceptif accouru en nombre, ce fut un de ces véritables moments
de bonheur comme on aimerait en vivre plus souvent... A voir et à revoir! Concert 4>
Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin. C'est ainsi que cet événement marquait aussi le terme des concerts mis sur pied
par Jazz in Yverdon. Les grands noms du jazz ayant disparu ou étant sur le point de l'être, le grand maître de toutes ces
organisations, Georges Mathys, avait de plus en plus de peine à trouver des éléments susceptibles de remplir une salle.
Mais il faut tout de même souligner que Jazz in Yverdon, avec le peu de moyens dont il disposait, a mis sur pied la bagatelle
de 57 concerts entre 1976 et 1993! Et non des moindres puisque la "crème" des plus grands solistes de jazz s'est produit sur
la scène du Casino-Théâtre. Ce qui signifie que plus de 350 musiciens (certains, il est vrai, à plusieurs reprises) ont
défilé sur les planches de la cité du Nord vaudois. Peu de petites villes en Suisse peuvent s'enorgueillir de pareil palmarès!
Durant près de vingt ans, Yverdon aura ainsi été la capitale du jazz classique et les souvenirs de ces rencontres
inoubliables resteront gravés dans la mémoire de la foule d'amateurs qui les ont suivies fidèlement.
DRY THROAT FELLOWS
with
Keith Nichols.
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Yverdon 7 avril 1993
Hot Antic Jazz Band
with
Michel Bastide, leader, cornet, tb. - Bernard Antherieu, cl & as. - Philippe Raspail, as & ts. - Stephane Matthey, p & vcl.
Jean Pierre Dubois, bjo & cl, - Christian Lefevre, tub & vcl. J
azz in Yverdon a de la suite dans les idées. Après le concert de Keith Nichols et des Dry Throat Fellows l'année précédente,
il a l'heur de présenter une formation française réputée s'exprimant dans le même idiome: le HOT ANTIC JAZZ BAND. En provenance
de Nîmes, cet orchestre a été créé en 1979 par MICHEL BASTIDE, amoureux fou du trompettiste Jabbo Smith et collectionneur avide
de tous les vieux films rares sur le jazz. Ce petit groupement n'a jamais dévié de son orientation axée sur la musique syncopée
des années vingt et trente. Ce qui a valu au public enthousiaste et ravi, dans une ambiance cabaret très décontractée,
de découvrir des thèmes rarement proposés par d'autres musiciens du genre. Ceux de Jabbo Smith ne sont guère connus du grand
public, voire même de certains amateurs. Le HOT ANTIC les interprète avec une mise au point de premier ordre. La formation a
même eu la chance de pouvoir accompagner ce grand trompettiste, alors en fin de carrière, au début des années quatre-vingt
dans plusieurs festivals estivaux, en France notamment.
Dans ses rangs, tout comme dans ceux des Dry Throat Fellows, les protagonistes sont polyvalents. C'est ainsi que le leader Michel
Bastide joue du cornet ou du trombone avec le même bonheur, que le banjoïste Jean-Pierre DUBOIS se double également d'un
excellent clarinettiste et que tous participent avec la même ferveur et la même joie de vivre à la réussite de leur apparition.
Tout cela dans une bonne humeur communicative. On ne s'ennuie guère à pareille réunion!
Les trios de clarinette sur "She's Funny That Way" et sur "I'll See You In My Dreams" furent un pur régal.
"That's My Witness Now" a mis les spectateurs en joie avec son trio vocal non dépourvu d'humour.
Pour ne citer que quelques réussites. En définitive, les amateurs du jazz vieux style auront été à la fête tout au long de
cette soirée qui s'est déroulée dans une ambiance relax et festive, menée avec beaucoup d'entrain par Michel Bastide qui
possède vraiment un orchestre de réelle valeur dans son genre. Ce ne sont pas les auditeurs qui sont repartis les yeux
brillants et le coeur en fête de cette soirée réussie. Qui nous contrediront ?

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Dix années se sont écoulées depuis le premier coup de "plume" de cet historique. Que de bonheurs et
de malheurs ! En cette dernière page, avec le temps passé, je constate avec douleur d'avoir assisté à la disparitions de la presque
totalité des musiciens présentés sur ce Sites! Tous avaient leur personnalité et leur style. Un grand trou s'est creusé ! On ne le
comblera jamais. Merci à mon ami Michel MARGOT, président et animateur du Jazz Club de Lausanne qui m'a assisté durant ces dernières pages
et pour son expert coup d'oeil de correcteur sur l'ensemble des textes. G.E.M.
Eh oui? - JAZZ IN YVERDON - C'est fini !!
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