Comment vous est venue l'idée de réaliser des poteries selon les techniques des potiers gallo-romains?

Vivant dans une zone très riche en habitats gallo-romains, j'allais souvent faire des repérages dans les champs de ma région. J'avais ainsi accumulé une grosse collection de tessons (des morceaux de céramique) antiques de toutes sortes. Et puis un jour, j'ai été tenté de reconstituer et de reproduire ces céramiques antiques. Un vieux désir d'apprendre la poterie est réapparu à cette occasion. De plus, je préfère très souvent faire que regarder faire... En fait, le vrai déclic s'est produit le jour où, en 1996, j'ai acheté le magazine "Les Dossiers d'Archéologie" sur le thème des potiers gaulois.

 

Comment avez-vous appris à reproduire les techniques antiques?

D'une manière que je ne conseillerais à personne car elle est longue et périlleuse! Dans le magazine, j'ai trouvé de très intéressants plans de fours antiques et j'en ai construit un dans mon jardin. J'ai réalisé un four à mi-chemin entre un four à tubulures de petite taille et un four à deux volumes. Ne connaissant que très mal les principes des fours antiques, j'ai trouvé le principe de ces fours à deux volumes tout à fait génial. Simultanément, durant les phases de séchage du four en construction, j'ai fabriqué un tour à pied. Ne restait plus que l'essentiel, c'est à dire apprendre à tourner, puis cuire la céramique. Ce ne fut pas une mince affaire, mais j'étais tellement persuadé d'y parvenir que, finalement, à l'aide d'un livre expliquant les grandes lignes et les principes du tournage et de la cuisson, au bout de quelques mois, je commençais déjà à obtenir quelques résultats.

 

Combien de temps avez-vous mis pour parfaitement maîtriser ces gestes?

Maîtriser le tournage et la cuisson de base ne suffissent pas à s'improviser "potier gallo-romain". Mais ça, je ne l'imaginais même pas après six mois! En fait, j'étais convaincu que ces techniques ne posaient guère de problème, tant j'avais lu d'articles traitant du sujet. C'est lorsque que je me suis attaqué aux problèmes des cuissons réductrices et à la technique des revêtements argileux que tout s'est compliqué! Deux ou trois essais m'ont démontré qu'entre la théorie et la pratique, il y avait une grande différence. Il m'a fallu encore deux ans et de nombreux essais avant d'obtenir des résultats acceptables.

 

Que pensent  les archéologues de votre travail?

Comme je peinais à résoudre mes problèmes de tournage et de cuisson, mais que je restais obstiné, j'ai profité des fouilles conduite par l'Université de Lausanne, non loin de chez moi, pour aller poser quelques questions aux responsables. C'est ainsi que j'ai fait la connaissance des céramologues de Suisse Romande et notamment de Thierry Lüginbühl. Thierry faisait justement une étude universitaire sur les potiers helvètes du Haut-Empire. Il fut très impressionné de voir l'avancement de mes travaux. Immédiatement, démarra une étroite collaboration avec lui. Une année plus tard, la plupart des questions avaient trouvé une réponse, et à force de persévérance et d'essais. Nous poursuivons toujours cette collaboration. Et des chercheurs originaires de nombreux pays d'Europe viennent maintenant me voir...

 

Etes-vous intéressé par d'autres techniques que celles des potiers antiques?

En ce qui concerne la céramique, je m'inspire occasionnellement  des potiers japonais, pour la pureté de leurs productions, et aussi par l'état d'esprit qui guide leur inspiration. Leurs incroyables techniques de cuisson au bois m'attirent énormément, et peut-être qu'un jour je me construirai un four japonais. Cela n'a plus rien d'archéologique, mais je suis certain qu'il y a une recherche passionnante à mener sur le mariage des lignes de la céramique gallo-romaine et des techniques de cuisson extrêmes-orientales. Sinon, occasionnellement, bien que cette passion de la céramique ne me laisse guère le temps pour pouvoir travailler autre chose, la menuiserie et l'ébénisterie anciennes m'intéressent beaucoup, ce qui m'a d'ailleurs bien facilité les choses pour construire mes tours de potier...

 

Où pouvons-nous trouver vos productions?

En Suisse uniquement, pour le moment. Mais une discussion est en cours pour une présentation de mes céramiques à la boutique du musée de Bibracte, au Mont Beuvray (en Bourgogne).